Assurance vie : Le miroir de la crainte des français ?

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Alors qu’il est depuis de nombreuses années un des placements préférés des français, l’assurance vie fait pâle figure depuis quelques mois avec une décollecte qui ne cesse de prendre de l’ampleur. En toile de fond, la crise sanitaire évidemment et l’incertitude d’un grand nombre d’investisseurs. Entre taux plus bas que jamais et concurrence d’autres produits, l’assurance vie semble avoir perdu de sa superbe. Qu’en est il réellement ? Comment expliquer ces niveaux de décollecte ? C’est à ces quelques questions que nous allons tâcher d’apporter une réponse.

Les français et l’assurance vie

Près d’un français sur deux possède une assurance-vie. Outil privilégié pour préparer sa retraite, la formule a de quoi séduire avec de nombreux avantages.

Souscrire à une assurance vie peut se faire de trois manières différentes :

  • En euros
  • En unités de compte
  • Multisupports (mêlant les deux premières possibilités)

Dans le premier cas, le capital est garanti. Ce n’est pas le cas lorsqu’un contrat d’assurance vie inclus des produits en unité de compte. Mais l’assurance-vie est surtout plébiscitée par les français parce qu’elle offre un cadre fiscal très avantageux et la possibilité de transmettre son capital en dehors d’une succession. Traditionnellement, le produit était aussi connu comme étant parmi les plus intéressants entre le risque et le rendement proposé.

Epargner plutôt qu’investir : un schéma courant en période de crise

C’est une constante fréquemment observée en période de crise. Les investisseurs et les épargnants se tournent beaucoup plus facilement sur des produits au rendement garantis. Quand bien même ces rendements sont faibles et parfois même plus faibles que l’inflation. C’est notamment ce que nous avions pu noter dans les premières semaines de la crise sanitaire avec des niveaux de collecte record sur le Livret A. Alors que la tendance allait vers un basculement du Livret A vers l’assurance vie, la crise sanitaire a rapidement modifié le comportement des français.

Pour le seul mois d’Octobre, l’assurance-vie a connu une décollecte nette record de plus de 150 millions d’euros. En temps normal, le mois d’Octobre est pourtant propice à la collecte sur ce type de supports. Pour les organismes, c’est un huitième mois consécutif de décollecte qui a été bouclé en Octobre. Pour un total de près de 7,3 milliards d’euros alors que l’année 2019 avait connu une collecte nette (montant collecté auquel on soustrait les montants retirés par les investisseurs), de plus de 19 milliards d’euros.

La tendance ne devrait pas s’inverser sur les mois de Novembre et de Décembre qui sont traditionnellement des mois creux pour les supports d’assurance vie. Sur l’année 2020, l’assurance vie pourrait connaitre en décollecte, sa pire année depuis 2012. En 2012, deux raisons expliquaient ce phénomène : la crise de la zone euro et la plus grande attractivité des livrets défiscalisés qui devenaient alors des actifs concurrentiels pour les contrats d’assurance-vie.

Seule éclaircie au tableau, le mois d’Octobre 2020 a permis de limiter les dégâts, après l’hémorragie du mois de Septembre et une décollecte nette de plus de 800 millions d’euros.

Baisse des taux et volonté de sécuriser ses placements : deux variables explicatives

A ce phénomène, nous pouvons aisément pointer deux explications rationnelles. La première tient dans les taux des assurances-vies. Si l’année 2019 pouvait de prime abord faire figure d’exception, il semblerait qu’elle puisse devenir une forme de règle.  Celle des taux bas. Sur l’année précédente, les taux moyens servis pour les assurances-vies fonds euros étaient alors de 1,33 %. Si ce type de contrat garantie le capital, le rendement servi est de plus en plus bas.

L’année 2020 affiche quant à elle des taux moyens, sur les mêmes types de contrats, qui devraient osciller entre 0,9 et 1,1 %. Et selon un grand nombre de spécialistes de l’assurance-vie, ces taux moyens pourraient encore baisser sur 2021 et 2022 pour se stabiliser à un niveau plancher de 0,5 à 0,7 %. Les taux d’intérêts très bas, voir négatifs comme celui sur la dette française jouent également un rôle sur les taux bas de l’assurance vie.

Baisse des taux et volonté de sécuriser ses placements : deux variables explicatives
En période de crise, la collecte sur le Livret A augmente considérablement

Le deuxième facteur explicatif de ce niveau de décollecte tient dans la garantie de ses placements. Ce second facteur s’applique aux assurances-vies en unités de compte, qui garantissent le nombre d’unités de compte mais ne peuvent garantir la fluctuation de celles. L’incertitude est l’ennemi d’un grand nombre d’investisseurs qui privilégient le capital garanti au risque en période de crise. Même lorsque les risques sont relativement limités.

Si l’on ajoute à ce paramètre celui de la disponibilité des fonds, on comprend dès lors pourquoi un grand nombre de français se sont désengagés de leurs contrats d’assurance vie au profit d’une épargne plus facilement mobilisable comme le Livret A. Entre Janvier et Septembre 2020, le Livret A a quant à lui connu une collecte impressionnante, avec plus de 25 milliards d’euros.

Vers une restructuration de l’assurance vie ?

Les acteurs du secteur notent une large évolution des supports utilisés. Si autrefois les épargnants avaient tendance à se tourner vers les assurances vie en supports euros, ils se tournent dorénavant de plus en plus vers les supports en unité de compte. C’est en tous les cas ce que note la Fédération Française de l’Assurance (FFA).

Le même organisme notait qu’en Octobre 2020, l’encours sur les contrats d’assurance vie était encore de plus de 1 750 milliards d’euros. Parmi ces encours, près de 60 % (environ 1 100 milliards) sont investis dans des actifs comme les actions, les obligations ou l’immobilier. Ce qu’il est aussi important de noter c’est que cette part s’épaissit mois après mois.

L’assurance-vie dispose néanmoins d’un certain nombre de soupapes de sécurité comme sa fiscalité avantageuse ou encore sa transmission qui peut se faire en dehors du cadre d’un héritage.

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