Conséquences économiques et budgétaires des attentats de Paris

A la lumière des derniers évènements tragiques en France… après l’action, nécessaire… quand viendra l’heure des bilans et de la réflexion.

0
2254
attentats de Paris le 13 novembre 2015
Attentats de Paris le 13 novembre 2015

La nécessité d’agir

Alors que, dans un élan d’unité nationale sans précédent, la France se remet difficilement en marche, après un deuil national décrété de trois jours, et les tueries de Saint-Denis près de Paris, des restaurants et terrasses de café en plein cœur de la Capitale, et le massacre perpétré dans la salle de concert du Bataclan, l’heure est à l’action, qui vient d’ailleurs de donner, et rapidement, ses meilleurs fruits, par l’anéantissement du commando-suicide et de son chef par les forces spéciales particulièrement performantes, sur la foi d’enquêtes il est vrai particulièrement minutieuses autant que rondement menées par leurs collègues policiers de la P.J. et des autres services d’enquêtes, appuyées par les services de renseignements étrangers.

L’heure est à l’action, et c’est tout à fait normal, c’est ce qu’attend un pays tout entier, qui n’a jamais mis un genou à terre, et qui, avec la coalition avec d’autres Etats et pays qu’il appelle de ses voeux, cherche à éradiquer le terrorisme aveugle et cruel, celui prôné par les fous d’Allah, par le tout-puissant (financièrement) Daesh, par ceux qui se réclament d’un « Etat » islamique, par AQMI, branche d’Al Qaïda, et d’autres groupuscules radicaux.

Une décision ferme immédiate a été prise au lendemain de ces tragiques évènements, immédiatement approuvée sans réserve par l’ensemble de la population, des élus et des responsables politiques. Une décision parmi beaucoup d’autres, dont celle d’intensifier les frappes aériennes sur certains quartiers de la Syrie, bastions de cet « Etat » islamique, mais la plus cruciale et déterminante, étant l’état d’urgence, que les députés ont prolongé pour trois mois.

L’heure des questions

L’heure est à l’action, mais bientôt viendra l’heure des comptes, et de la réflexion… Dans un contexte budgétaire comprimé et asphyxié, notre pays vivant officiellement à crédit depuis le début de novembre, dans un contexte de P.L.F.(projet de Loi de finances) pour 2016 confirmant les promesses qui avaient été faites avant les attentats par le Président de la République et son Premier ministre (pas d’impôt nouveau en 2016, la pression fiscale (donc les recettes fiscales) devant rester constante, à niveau de revenus constant), dans un contexte où la France, comme ses partenaires, va devoir assumer sa part de l’accueil sur son territoire d’une partie des très nombreux réfugiés, et à l’heure où, tandis que notre économie est moribonde, et que l’emploi se meurt, chaque mois, davantage, l’annonce a été officiellement faite de l’entrée en guerre, contre Daesh et « l’Etat » islamique par nos dirigeants, approuvée par le Parlement réuni en Congrès, tandis que les Maires de France ont été réunis sur le même thème Porte Maillot à Paris, d’ici peu des questions vont devoir être clairement posées, comme celle de la création d’un fonds d’aide européen spécifique pour ce type d’actions, car il n’y a aucune raison que la France et quelques pays supportent seuls l’effort financier de telles dépenses, qui contribuent tout de même à sécuriser des zones dépassant largement le cadre hexagonal.

C’est que « l’état d’urgence » est national. Il couvre tout le territoire hexagonal ainsi que les DOM bien sûr, et il met l’accent sur la nécessité d’assurer la sécurité de nos concitoyens partout et pas uniquement dans la Capitale. Se pose comme une évidence un problème financier majeur, et le Président Hollande en une seule phrase, et d’un ton ferme, a fait voler en éclat le « Pacte de stabilité » si cher à Bruxelles, lui cédant le « Pacte de Sécurité », sécurité qui n’a pas de prix, comme chacun sait. Du même coup, le Président s’est affranchi de l’ingérence et des injonctions de Bruxelles, comme soutenu à-demi mot par l’ensemble de la classe politique, toutes tendances confondues, comme par la population elle-même.

Le pacte de stabilité a-t-il encore un sens ?

Ce serait un peu facile que de prêter à l’action gouvernementale, spectaculaire, en réaction aux évènements récents d’une gravité il est vrai tout à fait exceptionnelle, l’intention de profiter politiquement  et économiquement de la situation qu’imposent les mesures annoncées, pour laisser filer le déficit, et par la même occasion, se sortir de ce qui eût été un très mauvais pas sinon. En effet, le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle, avec à son bord 24 chasseurs-bombardiers, un avion de repérage Awax, des hélicoptères de combat etc, pour une mission dont la durée est indéterminée, mais dont on peut craindre qu’elle s’éternise, au vu de conflits antérieurs du même type, tout dépendant de la  coalition sur laquelle le pays pourra compter, et par ailleurs, les créations de milliers de postes, de policiers, d’employés pénitentiaires, de gendarmes, les missions apparemment très nombreuses de bombardements par nos avions en différents points de la Syrie, en liaison avec nos alliés et le Charles de Gaulle, ajouté aux dédommagements proposés à tous les commerçants victimes des derniers attentats, et d’autres postes de dépenses à prévoir, notamment logistiques, non cités ici, tout ceci à un coût évidemment, et il y a malheureusement fort à parier que ce coût se révèle assez vite faramineux, en tout cas, hors de proportion avec les « moyens » que possède notre pays et notre armée, et on peut penser également que la Commission Européenne n’osera pas refuser à la France ces « moyens exceptionnels », mais qu’elle devra elle-même réfléchir à la nécessité de mettre en commun de nouveaux moyens. Dans le même temps d’ailleurs, il n’est pas inutile d’ajouter qu’il est prévu, ce qui avait été programmé avant cette vague d’attentats, et apparemment il était d’ailleurs grand temps, un rajeunissement progressif de nos matériels lourds (hélicoptères, avions, blindés). Alors, cette façon ultra-rapide et constante de s’engouffrer dans la brèche des attentats, et de mener « tambour battant » une lutte sans merci (mais pas sans moyens, donc nécessairement très coûteuse) contre les djihadistes, en soi très légitime et approuvée par tout le monde, ajoutant sans cesse de nouvelles annonces de déploiements en hommes, en matériels, on parle même de la possibilité d’interventions militaires au sol avec une coalition, ne serait-elle pas également pour le Gouvernement actuellement « à bout de souffle » et aux abois, un genre de « fuite en avant », apportant sur le terrain des Finances publiques une « bouffée d’oxygène » fortuite, et pour un bon moment, montrant l’évidente fragilité et utopie, d’un pacte de stabilité ?

Pire ! Les mesures prises sont nationales. L’Etat ne pouvant pas tout assumer, les collectivités territoriales et les communes de France vont devoir prendre également à leur niveau, des mesures à la fois de protection, de surveillance, de sécurisation, qui elles aussi ont un coût, à l’heure où l’enveloppe de l’Etat a très fortement diminué, et où les collectivités locales sont déjà pour la plupart allées au plus loin qu’elles pouvaient le faire dans le financement de leurs besoins de fonctionnement par les impôts locaux, sans parler de celles encore engluées dans les remboursements de leurs « emprunts toxiques ». Il est prévisible que l’Etat lui-même doive alors remette la « main au porte-monnaie » (des Français), en accordant une rallonge budgétaire à ces collectivités. Fuite en avant budgétaire toujours ? Car l’autre réalité est hélas déjà là : toutes les prédictions, de croissance, de taux de chômage, de déficit par rapport au P.I.B. sont d’ores et déjà fort mises à mal, et cela va continuer, les déficits publics devant sans doute atteindre des sommets ! Qu’en sera-t-il alors après, quand certains diront que notre pays en a trop fait, et d’autres au contraire, pas assez ?…Là est toute la question….

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here