La courbe de Laffer : de la théorie à la pratique

L'économiste Arthur Laffer est passé à Paris, il en a profité pour donner son point de vue sur la situation fiscale et économique de la France.

0
4541
courbe de Laffer
En abscisse, le taux d'imposition t, en ordonnée les recettes fiscales T. Lorsque t = t*, alors T=Tmax. Lorsque t > t*, le taux d'imposition est dissuasif et les recettes totales de l'État sont inférieures à Tmax.

Théorie de la « courbe en cloche »

« Trop d’impôts tue l’impôt ! » : tout le monde connaît cette célèbre formule ! Elle est le propre d’un économiste libéral américain, Arthur Laffer, ardent défenseur de la réduction des impôts, et elle trouve son origine selon le journaliste Wanniski, non démenti par Laffer) dans un dîner organisé en décembre 1974 entre le journaliste, Laffer (de l’Université de Chicago), Donald Rumsfeld (Directeur de cabinet du président Gerald Ford) et Dick Cheney (adjoint de Rumsfeld et ancien condisciple de Laffer à Yale), dans un restaurant français de Washington. Arthur Laffer aurait dessiné sur la nappe une courbe illustrant le trade-off entre les taux d’imposition et les revenus fiscaux, ce que le journaliste  appela la “courbe de Laffer” (une courbe « en cloche »), et l’expression a connu un grand succès dans les années 1980 et surtout 1986 lors des réductions d’impôts de l’administration Reagan.

Le but de cette courbe en cloche est de montrer l’existence d’un plafond de recettes fiscales. Au fur et à mesure que le taux marginal d’impôt augmente, les recettes fiscales augmentent jusqu’à son maximum (le sommet de la cloche),  car à partir de 100% il y a baisse du rendement de ces rentrées fiscales. Donc plus on travaille et  plus on paye des impôts,  mais,  parvenus à un taux, il y a un effet pervers qui se produit, n’incitant plus au travail, ne voulant plus travailler au service exclusif de l’Etat.

Autrement dit, à partir d’un certain taux d’imposition, la baisse du volume de production diminue la base d’imposition. On est en droit d’ajouter que la trop forte hausse du taux d’imposition suscite des comportements d’évasion voire de fraudes fiscales, qui sont à l’origine de pertes de rentrées fiscales pour l’Etat. Par conséquent, plus le taux d’impôt augmente, plus les rentrées fiscales sont importantes jusqu’à un certain taux. En effet, ensuite les recettes baissent du fait que les agents économiques refusent de travailler,  ou pratiquent la fraude fiscale pour éviter une taxation trop lourde. En poussant à l’extrême la démonstration de Laffer, une taxation à 100% par exemple ferait que très certainement, personne ne voudrait travailler !

Cette théorie a donc été appliquée par l’administration Reagan dans les années 80 à 86, mais aucune vérification de la courbe de Laffer n’a été apportée, débouchant même sur des résultats plutôt controversés. Par exemple, il y a l’inévitable « effet-retard » d’une diminution des taux d’imposition, avant que l’on ne puisse constater que les caisses de l’Etat se remplissent de nouveau (il peut s’écouler plusieurs mois pendant lesquels la situation peut être difficile à gérer).

La pratique…

Avec un montant de prélèvements obligatoires record, dont un taux d’imposition parmi les plus élevés jamais atteints dans notre pays, et que d’aucuns considèrent depuis longtemps comme confiscatoire, il était intéressant de connaître le point de vue du père fondateur de cette précieuse théorie.

En visite à Paris début septembre 2015,  Arthur Laffer a déclaré que  l’augmentation de la taxation est à l’origine de la baisse des rentrées fiscales en France. Laffer a rencontré Valérie Rabaud, rapporteur du Budget à l’Assemblée Nationale, et Albéric de Montgolfier, son équivalent au Sénat, et avec eux, il a abordé  la meilleure façon « d’inverser la courbe des rentrées fiscales en France». C’était à l’occasion d’un débat organisé par la revue Politique Internationale et la French American Foundation, et Arthur Laffer a reconnu, non sans une pointe d’ironie,  que la France est probablement aujourd’hui « l’une des meilleures illustrations » de sa courbe (et de sa théorie) : les taxes y sont trop lourdes, les rentrées d’impôt sur le revenu trop faibles, la croissance économique aussi y est faible, tandis que le chômage y est élevé.

Il a ajouté  que sur les cinquante États américains, les plus mal lotis financièrement sont ceux dont l’impôt sur le revenu est le plus haut, comme c’est le cas en Californie avec un taux de 13,3 %.

A présent, il serait peut-être bon de retenir la leçon ou tout au moins, de procéder à des simulations sérieuses, des effets d’une courbe qui n’est peut-être pas si « cloche » que ça !

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here