Covid et inégalités : Quelles solutions pour une meilleure redistribution ?

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Plus les riches deviennent riches moins il aura de pauvres! Une simple affirmation qui a de grandes implications au niveau des économies contemporaines. L’idée de cette axiome part d’une théorie néolibérale;  la  théorie du ruissellement qui suppose que pour augmenter le niveau de vie des moins nantis, l’État doit permettre l’enrichissement des plus riches. C’est une théorie sujette à de nombreuses controverses. Les détracteurs de cette théorie disent que le ruissellement ne fait que creuser l’écart entre les riches et les pauvres.

Au cours de la dernière élection présidentielle américaine, la notion du ruissellement a été au coeur des débats. D’un côté, le candidat républicain, plaidait en faveur de l’abaissement des taxes des plus fortunés pour les inciter à continuer d’investir massivement dans l’économie américaine. De l’autre côté,  le candidat démocrate était pour un régime de taxation progressive. Taxer les riches pour augmenter les recettes publiques.

En France, la suppression de l’ISF a soulevé la colère de plus d’un. Pour défendre cette mesure, le gouvernement français a fait comprendre que la suppression de l’ISF avait pour objectif de remettre de l’argent en circulation dans l’économie et enrayer la fuite des capitaux. Aujourd’hui, comme jamais, le débat autour de la meilleure méthode pour redistribuer la richesse fait rage.  Pendant que la Covid a frappé de plein fouet les classes moyennes et les masses, les plus fortunés s’enrichissent. Serait-il opportun de défiscaliser pour mieux redistribuer ?

La crise sanitaire a été révélatrice des inégalités dans le monde

Il ne fait aucun doute que la crise sanitaire a eu des effets considérables sur presque toutes les économies du monde. Toutes les couches sociales ont été touchées. Cependant, le délai de récupération des dommages n’aurait pas été le même. Un rapport d’OXFAM  a montré que les 1000 personnes les plus riches n’ont pris que 9 mois pour récupérer leur richesse pendant qu’il faut à peu près 10 ans pour que les couches défavorisées réussissent à réparer les dommages de la pandémie.

On a constaté entre mars et décembre de 2020, la richesse des milliardaires a augmenté de 3 900 milliard de dollars US à l’échelle mondiale. A la fin d’année 2020, leur richesse totale s’élève à 11 950 milliards.  Aux États-Unis, la croissance de la richesse des plus fortunés a progressé de 57%. Le patron de Tesla a vu sa fortune progresser de 524% en 2020 et se hisse comme le deuxième le plus riche au monde. 

Même son de cloche pour les milliardaires français! En fait, selon le rapport de L’OXFAM, les milliardaires français ont gagné 175 milliards d’euros entre mars à décembre 2020. Pourtant, à l’automne 2020, 8 millions de français se sont inscrits au programme d’aide alimentaire. Le nombre de personnes appliquant pour la RSA a aussi augmenté de façon vertigineuse.  Une étude du  Conseil d’Analyse Économique explique que 20% des français les plus pauvres ont vu leur épargne diminuer de 2 milliards d’euros pendant que celle de 10% des plus riches  a augmenté de plus de 25 milliards. 

Le constat est clair: la Covid vient d’aggraver les inégalités dans le monde. Comment va t-on pouvoir résoudre le problème de redistribution pour réduire les inégalités exacerbées que l’on retrouve au niveau des pays de l’OCDE? Deux approches: la défiscalisation contre l’impôt sur les riches.  

Théorie du ruissellement : défiscaliser pour mieux redistribuer

Arthur Laffer: Trop d’impôt tue l’impôt!

La défiscalisation ou le « tax cut » aux États-Unis, comme il est bien connue,  est une politique économique visant à diminuer ou « cut » les taxes ou obligations des riches pour stimuler la croissance économique. La théorie du ruissellement prend toute sa forme dans cette politique économique car la défiscalisation sera un moyen permettant aux riches d’accroître leur richesse. En corollaire,  plus les riches deviennent riches moins il y aura de pauvres. 

Pour comprendre la notion du ruissellement, il faut faire appel à une autre approche libérale de la défiscalisation: La Courbe de Laffer.  Laffer a illustré une axiome simple en économie:  « Trop tue l’impôt ». La courbe de Laffer démontre qu’au-delà d’un certain seuil de prélèvement, les recettes fiscales diminueraient en raison des effets désincitatifs sur l’offre de travail. La meilleure solution serait d’établir un régime de taxation progressif tendant à inciter les investissements qui par ricochet conduirait à une augmentation des recettes fiscales. 

Ronald Reagan et Margaret Thatcher ont été les deux figures de proue de la politique de taxation de Laffer. Lorsque Margaret Thatcher abaissa la tranche d’imposition de 83% à 60%, puis à 40%, les recettes fiscales britanniques avaient augmenté de 1,2 milliards de livres sterling.  En 2006, les recettes fiscales américaines avaient atteint leur deuxième plus haut niveau grâce à l’abaissement des taxes de 2003. 

Non loin de nous, les politiques de baisse de taxes de Donald Trump (TCJA) ont permis aux États-Unis d’atteindre des records au niveau économique. Avant la Covid, le taux de chômage était aux environs de 3,5%  et le taux de chômage croissance américain avait atteint 3% au cours de l’année 2019. Les résultats de Donald Trump sont à nuancer puisque certains économistes estiment qu’il a hérité d’une économie en pleine croissance avant son investiture.  Toutefois, ses « tax cuts » aux corporations ont maintenu ou accéléré le rythme de la la croissance américaine. 

Impôt progressif: Taxer les riches pour réduire les inégalités

Thomas Piketty : taxer les riches pour réduire les inégalités.

L’argumentaire des économistes libéraux est clair: la croissance économique est imbriquée au progrès technique qui pour sa part dépend du capital. Selon leur constat, dans un régime de taxation régressif, l’accumulation du capital se fait plus rapidement  et favorise le progrès technique quitte à amener la croissance économique. Cependant, cette approche de l’économie semble confronter à une réalité économique: creusement des inégalités entre les riches et les pauvres. 

Quant à l’agrandissement de l’écart entre les riches et les pauvres, un économiste contemporain , Thomas Piketty, propose d’élever le prélèvement des plus riches pour financer la redistribution afin de réduire les inégalités. Piketty part du constat que depuis trente années, la croissance des économies européennes ou américaines arrive difficilement à dépasser 1,5% pendant que le rendement du capital est autour de 4 à 5%. Étant donné que le rendement du capital dépasse largement la croissance, les inégalités augmentent. 

Le constat de Piketty a toute sa vérité car on peut constater que la richesse des plus fortunés a crû plus rapidement que la croissance dans le trimestre de la relance économique dans plusieurs pays occidentaux en 2020. C’est pourquoi dans le monde de nombreux mouvements pro taxe progressive sont en train de naître. Les riches sont devenus plus riches et la situation des pauvres ne s’est pas améliorée. Piketty dans sa théorie nous dit que le modèle capitaliste actuel est pourvoyeur d’inégalité. 

Contre ces tendances, Seul l’état providentiel peut arriver à favoriser une meilleure redistribution des richesses. A l’instar des pays nordiques, élever l’impôt sur le revenu pour financer les programmes sociaux:  Logement, santé et éducation. Sans ce renversement de tendance, plus serait les inégalités et les crispations sociales. La crise des jilets jaunes en France est le parfait exemple de crise sociale orchestrées par des mauvaises politiques de redistribution. 

L’idéal serait quoi? 

Les deux approches susmentionnées ont leurs forces et leurs faiblesses. L’approche libérale a le mérite de favoriser la croissance mais au niveau redistribution, elle pose certains problèmes car au le ruissellement n’est pas vraiment effectuée. Il a le mérite d’inciter les investissements dans l’économie et empêcher les fuites de capitaux vers d’autres pays avec un régime de taxation régressive. 

De l’autre côté, l’approche des économistes pro élévation de taxe pour les riches pose le problème des inégalités. Pour que l’État ait les ressources nécessaires pour mener à bon les politiques de redistribution, il faut taxer les riches car une bonne partie de leur richesse est contre productive. Certaines fois, quelqu’un dont son capital accroît à l’aide des marchés financiers n’a rien à voir avec l’économie réelle. Toutefois, un régime de taxe progressif n’est pas viable à long terme à cause de ses effets pervers sur l’innovation et le progrès technique. 

 

 

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