Crise économique : Pourquoi les pays de l’Amérique latine recourent-ils aux cryptos?

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Depuis plus de trois ans, l’Amérique latine est frappée par des vagues d’instabilités qui ont eu de grandes répercussions sur l’économie de la région. Les manifestations populaires contre Nicolas Maduro, la destitution d’Evo Morales et les émeutes au Chili disent autant de ces tumultes. L’hyperinflation, la contraction du PIB et la dépréciation de la monnaie explique la triste réalité économique de l’Amérique latine.

En 2018, Le Venezuela a connu une augmentation de son inflation de plus de 300 000% suivie d’une diminution du PIB de 19.6%. L’inflation en Argentine a atteint 59,3%, un record depuis 1991.Si l’économie Argentine fait face à une pression ahurissante sur le dollar où près de 73% du dépôt du système bancaire est en dollar. Au Venezuela, c’est le problème de rareté de dollars qui pose problème. Le vénézuélien est plafonné avec 300 dollars de transactions pour une année.

Dans ces deux pays, il est question de se tourner vers une monnaie alternative pour tenter d’alléger les effets de la crise. En effet, nous allons essayer de répondre à la question suivante: Pourquoi les pays latino-amércains se réfugient-ils au dollar?

Cadre macroéconomique propulseur du bitcoin

La loi de Gresham en économie suppose lorsqu’une monnaie devient trop faible, elle est souvent remplacée par une autre jugée plus forte. Cette substitution résulte généralement d’un cadre macroéconomique sombre et instable. D’après l’équation d’Irving Fisher : MV = PQ, la monnaie n’est pas un voile, elle est fondamentalement intégrée à l’économie réelle. Ce qui traduit une corrélation positive entre la santé économique d’une nation et la monnaie en circulation

Nous aborderons la crise économique de la région en focalisant nos analyses sur quatre grands points : Récession économique, hyperinflation, chômage de masse, crise de change.

Récession économique

Bien avant le Covid, les perspectives de croissance économique étaient inquiétantes au niveau de l’Amérique latine. La crise sanitaire a accentué la récession au niveau de la région. Pour l’année 2020, le PIB de la région devrait chuter de 9.1%. Quant à la pauvreté, elle devra passer à 7% et l’extrême pauvreté atteindra 4,5%. Les inégalités sont criantes au niveau de la zone. Actuellement, près de 10% de la population détient 70% de la richesse économique de la région.

Le cas du Venezuela est plus préoccupant puisque depuis 2014, l’économie vénézuélienne est sous le joug d’une croissance négative. En 2017, le PIB vénézuélien s’est ralenti de 14%. Cette année, le ralentissement de l’économie vénézuélienne dépassera le double de 2017 en atteignant 35%. La dette publique au PIB vénézuélien culminera 168% à la fin de l’année. Le principal atout de l’économie vénézuélienne : « le pétrole » est sous l’emprise des sanctions américaines.

L’argentine est l’autre pays de l’Amérique latine dont son cadre macro-économique nous intéresse à l’instar de la montée des cryptos. Depuis en 2018, l’économie argentine est en pleine récession. La situation s’est aggravée avec la crise sanitaire. Au deuxième trimestre, le PIB argentin a chuté de 19.1% en glissement annuel. La dette de l’argentine par rapport au PIB s’élève à 194.5 milliards de dollars soit 56.4% du PIB argentin.

Hyperinflation

En Amérique latine, l’argentine est réputée pour des niveaux inflation vraiment élevés. Qui ne souviendra de l’hyperinflation d’argentine en 1989 où l’inflation s’élevait à 3079%. Cette situation s’était résolue avec le système de convertibilité peso-dollar. Mais, depuis trois ans, le niveau d’inflation ne cesse de s’accélérer au point d’atteindre 53.8 ; un taux d’inflation jamais observé depuis 1991.

Le Venezuela est aussi frappé par des situations d’hyperinflation. En 2019, l’inflation se chiffrait à 9585.5%. Si l’inflation est réduite de moitié cette année, elle reste tout de même inquiétante car c’est le pays avec le taux d’inflation le plus élevé au monde.

Chômage de masse

Selon le dernier rapport publié par l’OIT, le taux de chômage au niveau de la région d’Amérique Latine pour 2019 est de 8.1%, un chiffre en hausse de 0.1 pourcentage par rapport à l’année précédente. En 2020, Ce chiffre a doublé dans de nombreux pays de la zone à cause de la crise du Covid.

Près de la moitié de la population active du Venezuela pourrait être au chômage d’ici la fin de 2020. Le FMI prévoit un taux de chômage de près de 50 %, le plus élevé au monde. Cette projection n’est pas seulement liée à COVID-19, bien que le blocage ait rendu la vie plus difficile à la plupart des Vénézuéliens.

Plus de cinq millions de travailleurs vénézuéliens du secteur informel ont cessé de gagner de l’argent pendant la fermeture.

Le chômage en Argentine a atteint son plus haut niveau depuis 16 ans, à 13,1 % au deuxième trimestre 2020, a révélé mercredi le bureau national des statistiques de l’INDEC, poussé à la hausse par la crise économique et la pandémie de coronavirus.

Les données de l’INDEC sont les plus mauvaises enregistrées officiellement depuis 2004. Au premier trimestre de l’année, le taux de chômage s’élevait à 10,4 %, soit une hausse de 2,7 points. Au deuxième trimestre de l’année précédente, en 2019, le taux de chômage s’élevait à 10,6 %.

La crise de change

Le fléau de la dépréciation est un souci majeur pour les pays latino-américains. La dépréciation a des effets considérables sur le change dans ces pays-là. Tout comme l’inverse est aussi vrai. Mais la crise de change a une seule source en Amérique latine : le besoin du dollar. Que ça soit au niveau du Venezuela ou de l’argentine, la crise de change résulte de l’envie de la population d’acquérir le dollar américain.

L’économie argentine a toujours été une économie pro dollar au point où l’économie a failli se dollariser à la fin du 20ème siècle. Il n’est pas étonnant que face à la crise économique qui sévit dans le pays depuis plus de deux ans les argentins veulent grossir leur épargne en dollar. Pour le Venezuela, la crise de change est observée suite à la décision américaine de geler les comptes des différentes compagnies pétrolières américaines. D’où le problème de rareté de dollars au Venezuela et de surcroît la crise de change.

Le Bitcoin : Passerelle au dollar

Pour comprendre comment le Bitcoin est devenu une passerelle au dollar, on doit revenir avec la loi de Gresham sur la substitution des monnaies. Si le dollar a toujours été la monnaie de substitution du peso, du bolivar ou des autres monnaies latino-américaines. La rareté de celle-ci contraint les pays latino-américains vers une monnaie recours jugée équivalente au dollar.

Nous avons souligné là-haut qu’en Argentine, 70% du dépôt du système bancaire était effectué en dollar. Dans le souci de décourager les agents d’épargner en dollar, l’état argentin applique une taxe de 35% sur tous les dépôts en dollars. Etant donné que la taxation rend le cout de l’épargne important, beaucoup se réfugient vers le bitcoin pour fructifier leur épargne face à la dépréciation de leur monnaie locale.

Dans une enquête menée par Cripto 247 pour le compte de Paxful en juin sur un échantillon de 1113 argentins entre 18 à 55 ans. 69,5 % ont déclaré avoir investi au moins une fois dans des cryptos, la raison principale étant sa capacité à “fournir un abri économique contre la dépréciation de la monnaie locale due à l’inflation (42,7 %)“. En outre, 67,8 % des personnes interrogées estiment que “les investissements en cryptomonnaies sont extrêmement sûrs” par rapport à leur monnaie locale.

En outre, les personnes interrogées ont été spécifiquement interrogées sur le bitcoin. Parmi ceux qui ont investi dans le BTC, 53,9 % ont déclaré que le potentiel mondial de la cryptomonnaie en était la raison. Par ailleurs, 50,6 % ont déclaré que la décentralisation était le facteur principal et 49,1 % ont déclaré avoir investi en raison de la “capacité globale de bitcoin à fournir une sécurité au sein d’un système bancaire autrement tumultueux.

L’aggravation de la crise économique au Venezuela a conduit à l’adoption massive de la cryptomonnaie, avec plus de 8 millions de dollars de bitcoin échangés en peer-to-peer chaque semaine, selon les données de Coindance. Le gouvernement a récemment signé un nouvel accord fiscal qui lui a permis de commencer à percevoir des taxes et des redevances avec la crypto étatique Petro.

Marché des cryptos en Amérique latine

Le marché des cryptomonnaies en Amérique est important. Le Brésil est le pays qui réalise le plus de transactions liées aux cryptos dans la zone. Tout juste après vient le Venezuela et l’argentine. La particularité du Venezuela c’est qu’il est le troisième plus grand utilisateur mondial de Localbitcoins et Paxful, deux des exchanges Peer to Peer les plus populaires au monde.

La région occupe la deuxième place pour ce qui est de l’activité de cryptographie au détail, définie comme les transferts de moins de 10 000 dollars de cryptomonnaies. Cependant, les traders professionnels représentent toujours environ 80 % de l’ensemble des volumes transférés au cours d’un mois donné ; ils préfèrent utiliser les grandes bourses internationales comme Binance plutôt que les bourses locales pour accéder à un plus grand nombre de paires de transactions et à une plus grande liquidité. Dans l’ensemble, les pays d’Amérique latine ont envoyé pour 25 milliards de dollars de cryptomonnaies et en ont reçu pour 24 milliards l’année dernière, ce qui représente entre 5 et 9 % de toute l’activité de cryptomonnaie au cours d’un mois donné.

 

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