Entretien avec Yves Bonzon, Directeur des Investissements chez Pictet & Cie : la crise du Crédit Crunch

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Où en est la crise du Crédit Crunch ?

Yves Bonzon : La partie financière de la crise n’est pas encore adressée, nous avons observé que les marchés qui ont été ciblés par les gouvernements avec des interventions spécifiques ont connu une certaine amélioration. En revanche, tous les marchés de crédit qui ne sont pas actuellement sous médication des gouvernements continuent de voir des spreads de crédit au plus haut historique.

C’est un signe clair que la crise n’est pas terminée. L’ampleur du problème est difficile à cerner car nous assistons à un renversement de tendance à la désintermédiation qui a caractérisé nos systèmes depuis ces vingt dernières années.

Donc nous assistons à une demande sur le secteur bancaire de ” réintermédier ” tout ce qui n’est plus disponible comme canaux de crédit alternatifs. L’ampleur des montants à réintermédier n’est pas clair, les bilans des banques qui étaient excessivement endettées sont en processus de stabilisation, ce qui veut dire que le désendettement n’a même pas commencé…

Le ‘crédit crunch’ est un phénomène qui n’est pas terminé. La présence d’anomalies dans les marchés de taux qui ne sont pas arbitrés montre le fait que le risque bilantiel existe dans le système. Tant que ces anomalies persistent, la crise du crédit n’est définitivement pas terminée.

L’action des Banques Centrales est-elle suffisante selon vous ?

Yves Bonzon : L’action des banques centrales est radicale à des degrés divers. Elles se sont améliorées par rapport au début de la crise où certaines interventions étaient inadéquates. Nous pouvons dire qu’elles ont déjà fait beaucoup, elles peuvent faire plus si nécessaire mais elles ne peuvent pas régler à elles seules tous les problèmes !

Un système qui souffre d’un excès de dettes doit passer par l’ajustement de son stock par rapport au cash flow. Ce n’est pas quelque chose que les Banques Centrales peuvent régler d’un simple décret ou d’un coup de baguette magique.

C’est un processus qui prend du temps, qui passe par des restructurations de dettes… Elles peuvent encore piloter quelques initiatives mais, aujourd’hui, il faut laisser le processus suivre son cours. Il faut que les relances budgétaires et fiscales prennent le relais pour compenser la chute de la demande du secteur privée. Cela devient plus urgent que des mesures monétaires…

Quel est votre scénario pour les marchés financiers en vue de 2009 ?

Yves Bonzon : La période de récession et la période de faible croissance vont durer plus longtemps que beaucoup d’investisseurs l’estiment !

Les attentes des investisseurs se sont fortement modifiées ces dernières semaines en l’absence d’un rebond des marchés que beaucoup attendaient.

C’est une affaire qui va être relativement longue…Là où les investisseurs vont être un peu surpris, c’est qu’il y aura certainement une ou deux phases intermédiaires où ils voudront croire à une reprise de la croissance influencée par les plans de relance…

Le simple fait que les investisseurs voient le bout du tunnel, même si ca n’est effectivement pas le cas, peut permettre au marché de se reprendre quelques temps… Pour résumer, nous ne tablons pas sur une reprise durable des actifs risqués et plus particulièrement des actions en 2009.

Dans cet environnement difficile, quelle est votre allocation d’actifs ?

Yves Bonzon : Notre stratégie est de concentrer les portefeuilles sur des classes actifs qui permettent des mouvements tactiques rapides. Nous allons donc essentiellement jouer des mouvements à travers des indices.

Toutefois, il faut faire attention avec le risque spécifique des compagnies à titre individuel, aux tarifs sectoriels, car les secteurs qui bénéficieront le plus d’un scénario de rebond temporaire des marchés sont par définition difficile à anticiper.

Pour nous, une approche opportuniste, c’est une approche qui passe d’une part via des positions indicielles sur le marché européen, et d’autre part, sur les marchés sensibles à la croissance mondiale notamment le Japon et les marchés émergents, là aussi avec une approche indicielle pour l’instant.

Quelle est votre vision pour les matières premières ?

Yves Bonzon : Notre vision à court terme est très prudente mais très optimiste à long terme.

Quand l’économie mondiale, vers 2011 ou au-delà, se ressaisira avec une croissance synchronisée, tirée probablement par les zones émergentes, nous risquons d’avoir rapidement des goulots d’étranglement plus important que nous aurions eu sans cette crise.

Les raisons sont l’annulation de nombreux projets d’investissement due à la baisse brutale des prix.

Il y a eu une correction brutale, importante, rapide, sous certains aspects plus violente que pour les valeurs technologiques en 2000, mais les perspectives à 3-4 ans sont peut être encore plus positives qu’elles ne l’étaient il y a 6 mois…

Et spécifiquement sur l’or ?

Yves Bonzon : Nous sommes extrêmement positifs sur l’or et nous pensons que c’est une assurance dont le coût baisse mécaniquement avec le repli des taux d’intérêt.

Nous pensons que c’est une assurance contre un scénario de dévaluations compétitives si l’économie mondiale ne se reprend pas d’ici quelques mois avec les plans de relance des gouvernements…

Ces derniers seront alors tentés d’écraser leurs devises pour relancer leurs marchés. Le meilleur actif pour se protéger contre un tel scénario est clairement l’or.

Au niveau des devises ?

Yves Bonzon : Nous favorisons les devises de financements au détriment des devises de portage, à l’exception du dollar sur lequel nous redevenons prudents désormais.

C’est pour cela que nous restons favorables au Franc Suisse ou au Yen, parce que nous ne nous attendons pas à ce que le différentiel de taux redevienne favorable aux devises de portage.

Les taux directeurs sont appelés à baisser à rester plus bas plus longtemps que les investisseurs ne l’anticipent.

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