Finance durable : Entre promesses et désillusions

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Certaines terminologies prêtent à des débats quasi infinis, sous fond de considérations plus dogmatiques que pragmatiques. Ces mots sont ceux de la décroissance, du développement durable ou encore de la finance durable. Ici, nous nous attacherons à présenter cette dernière notion, entre les promesses apportées et les désillusions qu’elle peut créer. Car plus que toute autre chose, la finance durable a pour objectif majeur de résoudre une équation : celle de la continuité du développement et d’une utilisation plus raisonnée des ressources.

Que regroupe t’on sous l’appellation de finance durable ?

Que regroupe t'on sous l'appellation de finance durable ?La finance durable n’est pas une rupture complète avec le monde de la finance. Il s’agit d’un outil dont l’objectif premier reste le développement économique et social. Contrairement à la finance, elle cherche à faire fi des considérations de rentabilité à court terme. 

Dans son champ d’action, la finance durable reprend donc l’ensemble des champs de la finance. C’est bien son horizon de long terme qui prime. Par son approche, la finance durable nécessite aussi d’établir les critères de durabilité qui peuvent être retenus et considérés comme pertinents. Ces critères peuvent être les critères ESG qui reprennent :

  • Les variables environnementales : le degré de consommation énergétique, la teneur des émissions en CO2 ou encore le recyclage des déchets
  • Des critères sociaux : avec des variables comme la qualité du dialogue social ou encore l’emploi de personnes handicapées
  • Les critères de gouvernance : transparence des informations, notamment en ce qui concerne la rémunération des dirigeants, féminisation de l’entreprise en particulier sur les postes de responsabilité ou encore lutte contre la corruption.

Ainsi, l’investissement dans une entreprise par un particulier peut se quantifier en terme de respect de ces critères ESG. Ici, nous voyons bien que la finance responsable n’est pas uniquement liée au respect de paramètres environnementaux. Investir en bourse ou dans d’autres produits plus atypiques comme le vin peut aussi se faire selon des critères de durabilité.

La finance durable : pour donner du bon sens à la finance ?

A l’heure actuelle et à l’échelle mondiale, il est estimé qu’environ 10 % des financements de projets sont liés à la finance durable. C’est encore trop peu pour que nous puissions considérer que ce modèle renverse le précédent.

Pour de nombreux observateurs, la structure financière des 30 ou 40 dernières années semble totalement déconnectée de la réalité. Avec notamment une recherche d’une forte rentabilité à court terme sous fond de modèles mathématiques niant parfois la réalité et le bon sens du terrain.

L’Union Européenne : à la pointe de la finance verte ?

L'Union Européenne : à la pointe de la finance verte ?Pour opérer une distinction simple entre finance durable et finance verte, nous pourrions dire que la finance verte s’inscrit dans la finance durable. Et non l’inverse. En d’autres termes, des trois critères ESG, la finance verte se focalise principalement sur le E.

En matière d’émission d’obligations vertes, l’Union Européenne est le premier émetteur mondial de ce type d’actifs. Par l’intermédiaire de la présidente de la commission, l’Europe a par ailleurs récemment fait savoir que le plan de relance européen “Next Generation” serait financé à 30 % par l’émission d’obligations vertes. Nous parlons ici d’un montant qui avoisine les 250 milliards d’euros. A l’instar d’autres puissances économiques comme la Chine ou encore les Etats-Unis, l’Union Européenne reste un pôle avec de fortes externalités négatives sur le climat.

Quel(s) régulateur(s) de la finance durable ?

La question de la régulation est particulièrement importante car elle permet d’éviter au maximum les effets de green-washing. C’est l’une des principales limites actuelles de la finance durable : la règlementation est encore assez floue, sur des concepts aussi essentiels que ceux de la durabilité. Chaque acteur financier y va alors de sa propre interprétation, créant au passage les conditions pour redorer son image. Quand bien même, les paroles pourraient être parfois décorélées des actions concrètes.

Sur ce point, la règlementation européenne semble avoir une longueur d’avance, avec une harmonisation des critères à l’échelle continentale. En Octobre dernier, l’Europe se dotait d’une nouvelle taxonomie sur les activités durables. Il s’agissait très concrètement d’évaluer la durabilité de 70 activités économiques, émettrices de plus de 90 % des émissions de gaz à effet de serre de l’Union Européenne. La finalité de cette démarche est de standardiser la définition d’une activité verte et de présenter de la façon la plus transparente qui soit les secteurs d’investissement prioritaires. Dans un objectif de neutralité carbone d’ici à 2050. Au delà de cette classification, c’est surtout l’harmonisation de celle-ci qui pourrait être une source d’inspiration pour les zones économiques du monde entier.

Concernant les fonds d’investissement, il existe un certain nombre de labels, qui peuvent permettre d’offrir une grille de lecture simplifiée pour l’investisseur. C’est notamment le cas du label Greenfin qui viennent crédibiliser les démarches de nombreux produits d’investissements européens. A l’échelle française, les labels ISR (investissement socialement responsable) permettent de mettre en avant les projets responsables.

Quel rôle pour les actionnaires dans la finance durable ?

Quel rôle pour les actionnaires dans la finance durable ?Les actionnaires peuvent aussi jouer le rôle de régulateur. Pas nécessairement par engagement politique ou écologique mais aussi pour limiter le risque climatique systémique. L’ensemble des analyses traitant ce champ mettent en avant la nécessité de montrer à ces acteurs financiers que le changement de paradigme est aussi à plus long terme, un changement qui concourt à leurs intérêts. Ainsi, la variable clé est de faire entendre le fait que les conséquences économiques de l’inaction seront bien supérieures à celle d’une intervention.

Le cas de la coalition Climate Action 100+ est aussi particulièrement intéressant et témoigne du poids que peuvent avoir les investisseurs et les actionnaires dans le changement de stratégie de gigantesques multinationales. Ce groupe qui rassemble près de 550 investisseurs pèse aujourd’hui plus de 50 000 milliards de dollars. L’objectif de cette coalition est de faire diminuer considérablement l’émission de gaz à effet de serre des 100 entreprises qui en émettent le plus.

Cette coalition a déjà eu des effets très concrets. Avec des annonces directes de certaines multinationales comme avec Total qui s’est engagé à la neutralité carbone d’ici à 2050.

Est ce que le grand public est prêt à soutenir la finance durable ?

Pendant de nombreuses années, on a cherché à opposer les investissements responsables et la rentabilité. Ce dogme semble aujourd’hui s’estomper.

Les épargnants ont aussi leur mot à dire dans cette transition vers un modèle économique plus durable. Un nombre croissant d’entre eux cherchent d’ailleurs à savoir dans quel(s) projet(s) leur épargne est placée, demandant toujours plus de transparence aux banques.

Une enquête Ifop de Septembre 2019 montrait d’ailleurs que 60 % des français attachaient une réelle importance aux impacts sociaux et environnementaux de leurs placements. Soit 10 % de plus qu’en 2013. Comme le précisait Novethic, l’encours sur les fonds durables a doublé entre 2018 et 2019 pour attendre 278 milliards d’euros. En ce sens, l’intérêt du grand public semble grandissant.

Certaines banques, à l’instar de la NEF ont par ailleurs construit leur business model autour de la notion de durabilité. La banque propose des financements selon plusieurs thématiques : écologique, sociale et culturelle. Avec la possibilité pour les prêteurs de suivre les projets financés par leur épargne.

Les acteurs financiers : le moteur de la finance durable ?

Les acteurs financiers : le moteur de la finance durable ?Pour Oxfam, si les acteurs financiers réorientent une partie des flux financiers vers une économie moins carbonée, cette modification de l’allocation des ressources reste encore aujourd’hui beaucoup trop lente. Pour étayer le propos, Oxfam affirme que depuis la signature de la COP 21 (Accord de Paris), la part du financement d’énergies fossiles par les banques françaises a augmenté. Le différentiel positif correspond au même différentiel négatif pour le financement des énergies renouvelables. En d’autres termes, les banques françaises ont eu tendance à se désengager de financements d’énergies renouvelables, au profit d’énergies fossiles. Si les énergies renouvelables posent aussi un certain nombre d’interrogations, l’autoroute de la durabilité semble encore loin d’être tracée.

Aujourd’hui, pour 10 euros investis en banque, la répartition de l’investissement serait le suivant :

  • 7 euros pour les énergies fossiles
  • 2 euros pour les énergies renouvelables
  • 1 euro pour l’investissement dans le secteur du nucléaire

Ainsi, de nombreux acteurs financiers semblent ne pas respecter leurs engagements. Néanmoins, la transition vers une finance plus durable ne pourra se faire qu’avec les différents financeurs de l’économie. Pour l’heure, l’engagement des banques semble encore pêcher.

Les banques publiques d’investissement comme BPI France, ont aussi leur mot à dire dans l’univers et la transition ver la finance durable. En 2017, BPI France a par ailleurs créé un fond d’investissement afin d’aider au développement de PME et d’entreprises de taille intermédiaire qui oeuvraient en direction de la transition énergétique et écologique.

Depuis de nombreuses années, les pouvoirs publics entendent également faire de la banque européenne d’investissement, une banque du climat, capable de financer des projets d’envergure à l’échelle européenne.

La face cachée de la finance durable

La communication peut parfois être l’ennemi de la finance durable. On retrouvera souvent l’amalgame entre le financement de l’économie réelle et la thématique d’un investissement durable. Il s’agit bien souvent d’un leurre.

Le “green washing” que nous évoquions tout à l’heure est effectivement un élément trompeur de la finance durable et de l’économie verte. Les effets d’annonce plutôt que les actes concrets sont aussi monnaie courante dans la sphère économique. Il s’agit la aussi d’un sujet que les autorités de régulation doivent prendre à bras le corps. Sur ce point, l’AMF (autorité des marchés financiers) encadre depuis peu la communication des fonds d’investissement. En veillant à contrôler le vocabulaire utilisé pour présenter les dits fonds aux investisseurs. L’emploi de termes comme “éthique” ou “durable” qui ne traduisent dans le fond aucune réalité du terrain, nécessitent un encadrement plus rigoureux.

Désormais, un fond sera apte à communiquer sur des thématiques comme la transition écologique si et seulement si il investi plus de 75 % de son portefeuille dans des obligations vertes. Les fonds qui souhaitent axer leur communiquer sur les principes de la finance durable doivent aujourd’hui présenter des engagements significatifs. Ici, ce sont bien les critères extra-financiers qui ressortiront en premier chef.

Pour prendre le pas, la finance durable nécessitera avant toute chose un changement de paradigme. De la part du grand public, des acteurs du financement mais aussi des investisseurs. Le ratio risque / opportunité ne doit plus être seulement apprécié sous le seul prisme du gain à court terme mais tendre à se faire sur le temps long. Certaines notions comme la rentabilité collective sont notamment des pistes pour ce changement. L’émergence des stress test climatiques tend à aller dans ce sens. En effet, ces stress test permettent aux financiers d’appréhender différemment les bilans comptables des entreprises.

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