Finance : Zoom sur les obligations vertes

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Alors que l’Union Européenne se targue d’être le numéro 1 mondial de l’émission d’obligations vertes, que le grand public semble être conquis par ces produits d’avenir, les marchés financiers semblent encore réticents à chaque émission d’obligations vertes dans le secteur privé. Avec comme toile de fond, la crainte d’une perte de rentabilité du modèle économique des entreprises qui font ce choix. Voyons ensemble ce que recoupe le monde des obligations vertes. Nous verrons aussi pourquoi elles vont continuer à être un actif de choix dans les années à venir.

Qu’est ce qu’une obligation verte ?

Qu'est ce qu'une obligation verte ? Les obligations vertes fonctionnent selon le même principe qu’une obligation classique. Il s’agit d’un titre de créance. Les obligations peuvent être émises par des entreprises privées, financières ou non, ou des entités publiques. Parmi les entités publiques, nous pouvons citer un pays, une région, une ville ou encore une banque de développement. Les entités qui émettent des obligations vertes cherchent à financer des projets environnementaux. Ces projets peuvent être de toutes sortes. Voici quelques exemples concrets :

  • Le financement d’énergies renouvelables
  • Le développement d’une mobilité plus responsable
  • Les projets d’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments.

C’est la Banque Mondiale, en 2008 qui a été la première entité à émettre une obligation verte. Il s’agissait à l’époque d’un projet de financement et de développement d’énergies renouvelables. Côté français, la première obligation verte date de 2017, pour un montant d’émission de 7 milliards d’euros et une échéance de 22 ans.

Contrairement aux obligations plus “classiques”, les obligations vertes sont assorties d’un suivi et d’un reporting détaillé des activités financées. L’émetteur d’une obligation verte s’engage sur une utilisation bien précise des fonds. L’émission d’obligations vertes, pour une entreprise ou une institution publique peut aussi permettre de communiquer sur sa stratégie environnementale.

Les entités publiques et les entreprises peuvent ainsi, avec ces emprunts, communiquer sur leur stratégie environnementale et séduire les gérants de fonds « ISR » (Investissement Socialement Responsable) et de nouveaux investisseurs désirant contribuer à la transition énergétique. Les normes internationales “Green Bond Principles” et “Climate Bond Standard” tendent à standardiser la définition d’un projet vert. En fixant notamment des paramètres et des standards d’évaluation.

Bon à savoir : En achetant une obligation, vous achetez une partie de la dette d’une entreprise ou d’une institution publique.

Les obligations vertes : un actif au coeur du plan de relance européen

Les obligations vertes : un actif au coeur du plan de relance européen L’Europe entend axer une partie de son plan de relance sur l’émission d’obligations vertes. C’est en tout cas, le discours servi par la présidente de la Commission Européenne Ursula von der Leyen qui entend financer à hauteur de 30 % le plan de relance “Next Generation” par l’émission d’obligations vertes. Sur les 750 milliards d’euros, près de 250 seraient alors financés par l’émission de ces actifs.

Il faut dire que l’Europe n’en est pas à son coup d’essai. Le vieux continent est même à la pointe dans le domaine des obligations vertes. Sur l’année 2019, 45 % des obligations vertes mondiales étaient libellées en euros. Contre seulement 26 % en dollars. Sur l’année 2019, la France a d’ailleurs été le principal émetteur mondial d’obligations vertes. D’autres pays européens comme les Pays Bas, l’Allemagne, la Suède ou dans une moindre mesure l’Espagne et l’Italie oeuvrent aussi à l’émission massive de ces actifs. Parmi les 15 principaux émetteurs en 2019, 9 pays étaient des pays européens.

Enfin, on notera également que les principaux pays émetteurs d’obligations vertes sont aussi les pays les plus polluants de la planète (Europe, Etats-Unis et Chine).

Des marchés financiers réticents aux obligations vertes ?

Si l’obligation verte a tout du produit d’avenir auprès du grand public, les marchés financiers ne semblent pas être totalement de cet avis. Pourtant, le marché est en pleine explosion. Selon le Climate Bond Initiative, en 2012, l’émission de nouvelles obligations vertes représentait 2,6 milliards de dollars. En 2019, ce chiffre est près de 100 fois plus important avec plus de 258 milliards de dollars d’émissions d’obligations vertes.

Pourtant, une étude du média indépendant The Conversation tend à démontrer que si le marché se développe à l’échelle mondiale, l’émission d’obligations vertes ne constitue pas un signal positif pour les marchés financiers. Pour cette enquête, le média s’est basé sur un échantillon de 2 079 annonces d’émissions d’obligations vertes.

Pour évaluer l’impact de l’annonce, le média s’est attaché à comparer le cours d’un actif le jour de l’annonce de l’émission d’une obligation verte et 2 à 3 jours après cette annonce. Les résultats tendent à démontrer que le cours des actifs étudiés avait alors une tendance légèrement baissière. Avec une rentabilité anormale cumulée de – 0,2 %. Ces résultats tendent à prouver que les investisseurs interprètent l’émission d’obligations vertes comme une source d’incertitude plutôt que comme un changement positif de cap. Le risque inhérent étant évidemment une perte d’efficacité du business model des sociétés émettrices de ce type d’actifs.

La même étude montre également que c’est lors de la première émission d’obligations vertes que les marchés sont les plus sceptiques. Comparativement aux émissions suivantes ou les contractions du cours sont plus modérées voire inexistantes.

 

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