Impact carbone des cryptomonnaies : Entre vérités et idées reçues

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Le sujet n’est pas nouveau, souvent remis sur la table avec parfois ses propres limites. Recherche de sensationnalisme pour les uns, quête de vérité pour les autres, les études et les conclusions sont parfois à analyser avec des pincettes. Dans tous les cas, la littérature sur le sujet manque et les prises de recul sont parfois difficiles.

Une chose est sure, le minage des cryptomonnaies a un impact réel en terme d’empreinte carbone. Dans quelles proportions ? C’est ce que nous allons tâcher de voir. La plupart des données utilisées pour l’article traiteront du Bitcoin, la cryptomonnaie la plus importante et celle pour laquelle nous disposons du plus grand nombre d’informations.

Impact des cryptomonnaies : Des études scientifiques parfois contestables

Impact des cryptomonnaies : Des études scientifiques parfois contestables
Tout en restant imparfait, le Bitcoin n’est pas ce monstre écologique que l’on dépeint parfois.

La littérature sur le sujet, qu’elle soit scientifique ou non s’accorde parfois certaines libertés. Comme le justifie Jacques Favier dans une étude de 2017 “ce qui était écrit dans le sable a tendance à devenir gravé dans le marbre au bout de la troisième ou quatrième citation“.

Tour à tour, au travers d’études plus ou moins sérieuses, le Bitcoin a été accusé de consommer autant d’énergie qu’un pays comme l’Irlande, comme le Japon ou les Etats-Unis. Une étude reprise par Science et Avenir serait même allée jusqu’à considérer la consommation d’énergie du Bitcoin comme supérieure à 159 pays à la fois. Une étude sénatoriale de 2018 arrivait aux conclusions que la consommation des blockchains publiques était comprise entre 30 et 200 terrawattheures par an. Soit la production de 4 à 30 centrales nucléaires. Et factuellement, une estimation allant du simple au septuple.

Une chose est certaine, les études semblent ne pas tirer dans le même sens et tendent à démontrer qu’il n’existerait pour l’heure pas de réelle estimation qui puisse faire consensus. En d’autres termes, le Bitcoin et l’ensemble des cryptomonnaies ont un impact écologique non négligeable mais il est très difficile de le quantifier justement.

Consommation énergétique et pollution : deux variables différentes

Par ailleurs, un certain nombre d’études semblent confondre consommation énergétique et impact écologique via l’empreinte carbone. Comme le résume certains articles, la consommation d’énergie ne pollue pas, seuls les moyens de production de cette électricité sont de nature polluante.

Pour illustrer cela, les chiffres de 2018 sur la consommation et l’empreinte carbone de cette consommation peuvent nous renseigner. La Chine est le pays au monde ou il existe le plus de fermes de minage. Prenons donc comme exemple deux régions chinoises : la Mongolie intérieure et le Sichuan.

En 2018, 30,5 % du minage mondial du Bitcoin provenait du Sichuan alors que ce chiffre était seulement de 12,3 % en Mongolie intérieure. Pourtant, ces 12,3 % furent beaucoup plus polluants puisqu’ils représentaient à eux seuls plus de 26 % de l’impact carbone global du Bitcoin. Avec 30,5 % du minage mondial, le Sichuan ne représentait que 4,6 % de l’impact carbone mondial de la cryptomonnaie.

Près de 5 fois plus d’impact carbone en minant presque trois fois moins. Comment cela est-il possible ? La raison est très simple. Le Sichuan est une province ou les barrages hydro-électriques sont légions. Le recours à ce type d’énergie est infiniment moins polluant qu’un certain nombre d’énergies non-renouvelables. De son côte, le minage en Mongolie intérieure est dépendant de ressources beaucoup plus polluantes comme le charbon.

A l’échelle mondiale, une étude menée notamment par la branche recherche de la Deutsche Bank concluait que la part des énergies renouvelables dans le minage du Bitcoin était d’environ 77 %. Le dernier quart (23 %) était quant à lui lié à une consommation d’énergies fossiles. Bien loin des vérités toutes tracées que l’on entend parfois.

Le Bitcoin, une cryptomonnaie qui consomme énormément d’énergie

Le Bitcoin, une cryptomonnaie qui consomme énormément d'énergie
Consommation électrique et empreinte carbone : deux variables liés mais différentes

C’est un fait. La blockchain du Bitcoin est energivore de par sa structuration. La consommation d’énergie est même une condition sine qua none à la sécurisation de la blockchain. Si les études ne s’accordent pas sur des chiffres précis de consommation, nous devons quand même considérer que la fourchette basse de l’estimation reste pharaonique. Mais une fois de plus, nous parlons en terme de consommation d’énergie et non nécessairement de pollution et d’impact carbone. Les deux notions sont liées mais comme nous l’avons vu plus haut avec un exemple, une utilisation de ressources énergétiques différentes peut fortement distendre le lien de cause à effet existant entre consommation énergétique et empreinte carbone.

De plus, si comme nous l’avons vu, la source d’électricité est une variable importante, l’utilisation de matériel des mineurs est aussi une variable à prendre en considération. Sur ce point, les paramètres semblent aller dans le bon sens avec notamment un rapport puissance / consommation des machines qui semble évoluer favorablement. Le progrès technologique, bien qu’incertain est aussi une variable à considérer avec attention pour diminuer le coût énergétique de l’extraction du Bitcoin ou d’autres cryptomonnaies.

Comment les cryptomonnaies peuvent être des atouts écologiques ?

Comme nous l’avons vu, le minage est issu dans une large majorité de l’accès aux énergies renouvelables. Bien que la modernisation des appareils de minage puisse induire une consommation moindre d’électricité, la difficulté de minage s’accentue conformément à la structuration de la blockchain. Cet accroissement de la difficulté de minage nécessite une plus grande capacité de calcul et donc une plus grande consommation d’énergie. En un sens, ce que l’on gagne d’un côté, nous le perdons de l’autre.

Pour certains analystes, le minage du Bitcoin et d’autres cryptomonnaies aurait un impact positif sur les énergies renouvelables. En effet, les forts besoins en énergie des cryptomonnaies contribuent à rendre rentable un certain nombre de projets d’énergies renouvelables à travers le monde. Pour d’autres, le minage des cryptomonnaies inciterait même à mettre sur pied de plus en plus de projets de construction d’énergie renouvelables. En ce sens, ces partisans des cryptomonnaies considèrent que les progrès réalisés dans le champ des énergies renouvelables sont en quelques sortes directement liés aux cryptomonnaies elles-mêmes. Du moins en partie.

Des spécialistes de la question mettent par ailleurs en avant que la demande d’électricité et la manne financière du marché ont permis à des projets d’énergies renouvelables qui étaient morts-nés de voir le jour. Une fois développés, ces énergies renouvelables pourront profiter à d’autres pans de l’économie et de la société. Aujourd’hui, de nombreux projets éoliens ou solaires incluent le minage dans leur calcul de faisabilité. En ce sens, le minage permettrait de faire naitre les projets d’énergie renouvelable à la fois plus rapidement mais aussi en plus grand nombre.

Cet avis reste cependant à nuancer. Notamment par ceux qui y voient la création de pôles énergétiques qui ne serviront à rien d’autre qu’au minage des cryptomonnaies.

L’aide des pouvoirs publics pour rendre les cryptomonnaies moins énergivores

L'aide des pouvoirs publics pour rendre les cryptomonnaies moins énergivoresPour les mineurs, les dispositifs légaux sont effectivement une menace, partout dans le monde. C’est particulièrement vrai en Chine ou la législation sur le minage change assez régulièrement. Nous pourrions aussi evoquer l’Iran qui est passée en quelques années d’une interdiction pure et dure du minage et de l’utilisation du Bitcoin sur son sol, à l’octroi de licences de minage en masse puis à la chasse aux fermes de minage clandestines.

Si la mise en place de plus lourdes contraintes légales à l’encontre du minage nous semble être discutable, l’encadrement de celui-ci à la recherche de bonnes pratiques pourrait être une piste intéressante à suivre. Les pouvoirs publics pourraient notamment :

  • Soutenir les projets de minage les plus responsables utilisant les énergies renouvelables
  • Favoriser le minage dans les zones de sur-production électriques
  • Soutenir les projets qui mettent au coeur de leur modèle la réutilisation intelligente des chaleurs créées par les serveurs
  • Favoriser la recherche autour de l’empreinte écologique des cryptomonnaies, notamment en cherchant à favoriser le basculement vers des algorithmes moins énergivores.

Quelques alternatives de cryptomonnaies mettant l’écologie au coeur de leur fonctionnement

Bien que le Bitcoin soit finalement beaucoup moins polluant que ce que l’on peut lire parfois, il n’en reste pas moins que le coeur de son fonctionnement ne se focalise pas sur des variables environnementales. D’autres projets de cryptomonnaies ont cette ambition. Si vous souhaitez investir dans des cryptomonnaies plus vertes les alternatives sur le marché ne manquent pas et le marché tend à se développer singulièrement.

Voici quelques exemples de projets de cryptomonnaies visants à oeuvrer pour des intérêts écologiques de premier plan : transition énergétique, lutte contre la pollution plastique, mesures concrètes de développement durables :

  • Solarcoin, une cryptomonnaie lancée en 2014 vise à inciter et démocratiser la production d’électricité photovoltaïque.
  • Ecocoin vise quant à elle à changer les habitudes de consommation de la population. Chaque souscripteur pourra prétendre à obtenir des Ecocoins dès lors qu’il mènera des “bonnes actions”. Une bonne action pourrait être d’effectuer ses achats dans un magasin biologique.
  • Chia qui est un projet de cryptomonnaie qui met au coeur de son fonctionnement un minage de la monnaie moins énergivore. Le business model de l’entreprise se veut de construire une blockchain plus décentralisée et plus sécurisée que la concurrence.

Concernant les cryptomonnaies déjà sur le marché, les gestionnaires s’intéressent de près aux technologies de vérification des paiements moins énergivores. C’est par exemple déjà le cas de Tezos ou encore Ripple. Si vous souhaitez investir sur l’Ethereum, sachez que la monnaie virtuelle table sur une technologie moins énergivore d’ici 2021.

1 commentaire

  1. Bonjour,

    Ne vouliez-vous pas dire l’inverse “Près de 5 fois plus d’impact carbone en minant presque trois fois moins.” étant donné la présence des barrages hydro-électriques.

    Merci pour cet article,

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