Le liquide : Une espèce en voie de disparition ?

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Avant la crise sanitaire, les français retiraient en moyenne près de 500 millions d’euros en espèces par jour. Durant le confinement, ce chiffre a été divisé par deux. Si cette baisse rapide s’explique en partie par l’enfermement à domicile, elle révèle une tendance de fond intéressante : le recours aux paiements en liquide semble être sur le déclin.

Le rehaussement du montant des paiements sans contact, la volonté de plus en plus clairement affichée des institutions de mettre sur pied une monnaie digitale, la multiplication des canaux de paiement virtuels, tous ces éléments plaident et vont dans le sens d’une disparition du liquide à plus long terme. Si le débat n’est pas récent, il cristallise aujourd’hui les interrogations des français. Qu’en adviendra t’il du liquide d’ici 1, 5, 10 ou 20 ans, c’est à cela que nous allons tenter d’apporter quelques éclaircissements.

Le paiement sans contact fait-il de l’ombre au liquide ?

Le paiement sans contact fait-il de l'ombre au liquide ?

L’initiative du paiement sans contact date de 2010. Sa mise en circulation de 2012. Si les premières années, le moyen de paiement est resté assez marginal, il concurrence aujourd’hui les paiements en liquide. A la fois immédiat, pratique et fiable, le paiement sans contact s’installe comme habitude chez de nombreux utilisateurs. Utilisateurs qui étaient pour certains réticents à cette technologie au départ. La plupart des boutiques acceptent aujourd’hui le sans contact à partir de 1 €.

Cette tendance a été accentuée par la crise sanitaire. En France, le plafond de paiement de 30 € via le sans contact a été augmenté à 50 € dès le 11 Mai. L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) avait par ailleurs émis dès début Mars une recommandation en faveur de l’utilisation du paiement sans contact. Ceci afin de limiter la propagation du coronavirus. Devenu un véritable geste barrière, le paiement sans contact s’ancre petit à petit dans les pratiques et les habitudes de paiement. D’après la banque de France, entre Juillet 2019 et Juillet 2020, l’utilisation du sans contact aurait grimpé de près de 60 % en France.

La digitalisation monétaire : une menace de plus en plus palpable pour le liquide

Que ce soit l’essor des cryptomonnaies comme le Bitcoin ou la volonté affichée de certaines institutions comme les banques centrales (Fed ou Banque centrale européenne) de développer une monnaie numérique, la forme de la monnaie tend vers une utilisation toujours plus digitalisée.

Le système décentralisé et le refus du tiers de confiance par les utilisateurs explique en grande partie l’essor des monnaies virtuelles. C’est aussi notamment pour ses raisons que de nombreux traders investissent dans les cryptomonnaies. La possibilité de créer de la monnaie (via le minage notamment) autrement que par la création de crédit est aussi une donnée qui favorise l’émergence, encore actuelle des monnaies virtuelles.

Si autrefois les états ou les grandes institutions se désintéressaient des projets cryptographiques, ils semblent avoir révisé leur copie. La banque fédérale américaine souhaite d’ailleurs émettre le second chèque d’aide aux citoyens américains par l’intermédiaire d’un dollar numérique. L’Union Européenne travaille aussi à l’émission d’un euro digital.

Certains états comme la Corée du Nord, le Venezuela ou encore l’Iran, en proie à des sanctions américaines utilisent par ailleurs les cryptomonnaies pour continuer à exister dans le système économique mondial.

Une demande de billets en hausse : vers un basculement du moyen de paiement au moyen d’épargne

Une demande de billets en hausse : vers un basculement du moyen de paiement au moyen d'épargneLa situation pourrait sembler paradoxale. Si la monnaie fiduciaire est moins utilisée et circule moins dans l’économie, pourquoi est ce que sa demande aurait tendance à rester stable, voire à croitre légèrement ? La réponse fuse de la bouche de nombreux économistes : l’argent liquide devient un moyen d’épargne.

Prenons l’exemple de la fabrication des billets en euros par la Banque de France. Celle-ci pourrait se segmenter en trois parties :

  • Les billets destinés à être utilisés hors de la zone euro
  • La fabrication de monnaie fiduciaire pour les paiements quotidiens
  • L’épargne

Si le premier poste reste stable, le second a tendance à se rétracter. La crise sanitaire n’a été qu’un accélérateur d’une tendance de fond déjà existante. En revanche, l’argent liquide est de plus en plus utilisée comme un produit d’épargne. Avec une inflation faible, une rémunération de plus en plus basse des produits comme le Livret A ou l’assurance vie et une défiance qui semble grandir dans les institutions, les français auraient tendance à recourir de plus en plus aux bas de laine. Ce fût déjà le cas lors de la précédente crise de 2008.

Les avantages à la suppression de l’argent liquide

Dans les deux parties suivantes, nous essaierons de voir les aspects positifs comme négatifs d’un monde et d’une économie sans argent liquide.

Supprimer l’argent liquide pour lutter contre la fraude fiscale

Si l’on conserve ce seul paramètre de fraude fiscale, la suppression du liquide permettrait inexorablement de faire diminuer celle-ci. Pour des questions simples de traçabilité. Les institutions pourraient alors avoir un contrôle plus exhaustif des échanges monétaires entre les agents et cela permettrait une meilleure collecte de l’impôt.

Lutter contre les réseaux mafieux ou terroristes

C’est aussi une raison qui est régulièrement invoquée pour accélérer la disparition des billets de banque. Tout du moins des plus grosses coupures. Une suppression du cash pourrait avoir également des aspects positifs sous cet angle. Néanmoins, ces groupes pourraient alors chercher à retrouver de l’opacité dans leurs transactions, notamment en traitant via les cryptomonnaies.

A l’autre bout du spectre, certaines voix se font entendre pour la suppression des petites pièces comme celles de 1 et de 2 centimes. En effet, la fabrication de ces pièces couterait plus chère que la valeur faciale de celle-ci.

Dans tous les cas de figure, les partisans de la suppression du liquide semblent tout lier à un seul mot, un unique concept : celui de la traçabilité.

Les risques à la suppression de l’argent liquide

Certains aspects peuvent interroger sur la faisabilité et l’intérêt à la suppression de l’argent liquide.

Précariser davantage des personnes déjà précaires

Si les initiatives comme le paiement sans contact sont faciles à utiliser, elles n’en restent pas moins conditionnées à un certain nombre de paramètres. Pour le commerçant, il s’agira de disposer d’un terminal compatible avec le sans contact.

Dans des villages reculés, les paiements par carte bleues, avec ou sans contact sont parfois sujets à des problèmes de réseau. Une suppression du liquide dans ces circonstances aurait pour conséquence de marginaliser toute une frange de la population vivant dans ces villages plus reculés.

Nous faisons le même constat au sujet des personnes ne disposant pas de compte bancaire ou des personnes sans domicile fixe. Une suppression de l’argent liquide pourrait avoir des conséquences dramatiques.

Dans ces cas de figure, les monnaies locales pourraient se développer plus rapidement. Ces concepts permettent de développer les initiatives locales et de favoriser les commerces de proximité. Néanmoins, ces monnaies restent pour l’heure efficaces parce qu’elles sont indexées sur le cours d’une monnaie fiduciaire. En l’occurence, l’euro.

Supprimer une valeur refuge en période de crise

Comme nous l’avons vu, en cette période de crise sanitaire, le paradigme du billet de banque change : de moins en moins moyen de paiement et de plus en plus moyen de thésaurisation. En ce sens, les espèces peuvent constituer un actif rassurant en période de trouble économique, financier ou sanitaire.

La valeur émotionnelle de la monnaie

La valeur émotionnelle de la monnaieSupprimer le cash aurait aussi pour conséquence de supprimer la valeur émotionnelle de l’argent et même la valeur de l’argent pour certains. Quid de l’argent de poche numérique ? Quid des souvenirs à garder un billet d’un pays étranger ? Se pose aussi les questions liés à l’apprentissage de la valeur de l’argent. Notamment auprès des plus jeunes.

Si ces préoccupations ne constituent pas les points centraux du débat, elles méritent quand même d’être citées.

Vers une disparition de l’argent liquide en 2030 ?

C’est en tout les cas ce qu’annonçaient certains économistes suédois. La Suède, pays déjà très avancé dans l’utilisation de moyens de paiements alternatifs pourrait souhaiter ne plus recourir à l’argent liquide d’ici 2030. Dans ce pays, les échanges via le liquide ne représentent déjà plus que 15 % du volume global des échanges.

Si il est impossible de donner une échéance précise au phénomène, l’utilisation des monnaies physiques est en baisse en comparaison aux moyens de paiement digitaux. Certains observateurs parlent avant tout d’un problème générationnel. Selon eux, statistiques à l’appui, les plus jeunes seraient moins réfractaires que leurs ainés à une suppression de la monnaie liquide. Tout semble donc être une question d’habitude.

En tous les cas, le consensus économique table plutôt sur une multiplication des moyens de paiement plutôt qu’un remplacement du physique pour le tout numérique. Si le portefeuille de demain sera en partie électronique, il n’en reste pas moins que pourront toujours se côtoyer dans un portefeuille physique des monnaies locales, des cartes de crédit et de l’argent liquide.

 

 

 

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