Les vrais effets de la loi Macron sur le PIB de la France. Mirages, ou miracles ?

Longtemps débattue, souvent décriée, pour finir par être votée « aux forceps »,  la « loi  Macron » selon l’OCDE devrait permettre d’augmenter le Produit intérieur brut PIB de la France de 0,3% !, seulement…, serait-on tentés d’ajouter…

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loi Macron

Dans une note qui vient d’être rendue par le Secrétaire général de l’OCDE Angel Gurría au ministre français lors de sa visite à l’OCDE, celle-ci estime que les effets sur le PIB potentiel de cinq groupes de mesures de la « loi Macron », c’est-à-dire la réforme des professions réglementées, l’ouverture des commerces le dimanche et en soirée, la facilitation des dessertes par autocars, la simplification des Plans de Sauvegarde de l’Emploi, et l’amélioration des procédures de permis de conduire, pourraient avoisiner 0,3% à un horizon de 5 ans et 0,4% à un horizon de 10 ans, ce qui est plus que modeste, ce qui est faible même, pour une loi qui a été présentée comme « loi-phare » pour ainsi dire « majeure » du redressement économique du pays, quand on sait par ailleurs qu’il faut au moins 1,5% de PIB pour créer des emplois !

Les autres mesures de cette loi (non quantifiables) auraient également un possible effet positif sur l’économie, sans que l’on sache exactement lesquels. L’OCDE ajoute que la synergie entre les « réformes Macron » et la confiance qui pourrait en résulter, serait d’autant plus importante que le rythme de ces réformes se poursuivrait dans le futur.

Ces résultats s’ajouteront à ceux des réformes entreprises depuis 2012 évalués en octobre 2014 par l’OCDE  à 1,5% du PIB à l’horizon de 5 ans et 3,5% à 10 ans, pour être optimiste, si tant est que l’on puisse accorder un indice de confiance important à de telles prévisions, tant de fois on a effectivement vu ces dernières années, et particulièrement depuis le début du quinquennat de F. Hollande, les prévisionnistes revoir leurs chiffres à la baisse. Mais après tout, ils pourraient également se tromper de direction, et devoir les revoir, mais à la hausse, nul ne le sait ! Acceptons-en l’augure !

« Dans le contexte d’une économie mondiale trop fragile, la loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques montre que chaque secteur de l’économie peut et doit contribuer à ce que la France retrouve le chemin d’une croissance dynamique », a souligné le Secrétaire général de l’OCDE « La facilitation de l’ouverture des dessertes par autocars devrait permettre d’augmenter l’emploi et le pouvoir d’achat des ménages et de favoriser la complémentarité et la concurrence entre modes de transport », a-t-il ajouté.

S’agissant de la réforme des professions réglementées, l’OCDE a jugé que « les mesures prises concernant les professions juridiques réglementées pourraient augmenter le PIB de l’ordre de 0.1 % à un horizon de 5 ans et de 0.2 % à un horizon de 10 ans, selon les estimations de l’OCDE, si elles sont résolument et efficacement mises en œuvre ».

En revanche,  l’OCDE a évalué également comme étant favorable l’assouplissement partiel de la réglementation du travail dominical (la mesure pourrait augmenter le PIB de 0.08 % à un horizon de 5 ans) tout en déplorant le peu d’ampleur de ce changement. Au passage, il est permis de s’interroger sur le rapport : coûts supplémentaires pour les patrons, et croissance apportée en contrepartie (et créations hypothétiques d’emplois). L’Organisation a aussi salué les mesures encourageant l’actionnariat salarié, la simplification et le développement de l’épargne salariale, et la simplification de certaines procédures de délivrance des permis de construire et d’aménagement.

Cependant, depuis l’instauration (en force, ne l’oublions pas, et à-coups d’articles 49-3) de l’assouplissement du temps de travail avec  l’ouverture des commerces le dimanche et en soirée, force est de constater que cet aspect-là au moins de la  « loi  Macron » est loin de faire l’unanimité dans notre pays, si l’on en juge par les nombreuses réticences constatées pour le travail le dimanche, comme sur l’instauration par exemple autour de Paris, de grandes zones dites « touristiques » ouvertes en soirée et neuf  dimanches par an jusqu’à fin 2015, et douze dimanche par an ensuite, et si l’on en croit la montée virulente aux créneaux contre cet aspect de la « réforme  Macron », par la Maire de Paris, Anne Hidalgo, évènement largement relayé par tous les médias. Il faut malgré tout reconnaître, qu’à l’inverse, travailler le dimanche semble recueillir l’accord de certains salariés, qui apparemment attendaient une telle mesure, si l’on en croit certaines interviews,  cependant cet « aspect-phare » de la loi n’est possible, rappelons-le, qu’avec un accord négocié entre l’entreprise et ses salariés, lesquels doivent s’être portés volontaires, et qu’il leur soit allouée une rémunération au moins égale au double de celle déjà perçue. Autant de conditions par conséquent qui font que les volontaires ne semblent pas représenter la majorité des avis émis sur la question, ce qui contribue donc à ce que cette mesure du ministre Macron soit loin de faire l’unanimité.

En outre, la facilitation des dessertes par autocars est apparue à tous comme l’un des  « fleurons » de cette « loi Macron », ceci mis à part que, placée  depuis en perspective avec une toute récente annonce du Gouvernement, le 27 septembre, de créer deux nouvelles LGV (Lignes à grande vitesse) Bordeaux-Toulouse, d’une part, et Bordeaux-Dax d’autre part, de façon à mieux couvrir l’hexagone et prolonger la ligne Paris-Bordeaux, cette mesure fait un peu désordre. Après cela, la SNCF rachètera-t-elle les réseaux d’autocars, comme elle a été contrainte de le faire avec BlablaCar ? L’OCDE qui estimait que l’ouverture de dessertes par autocars était de nature à faciliter l’emploi, à augmenter le pouvoir d’achat des ménages et à favoriser la complémentarité et la concurrence entre modes de transport, ne croyait pas si bien dire ! La France va se concurrencer elle-même, en multipliant inutilement les moyens de transport à l’intérieur du pays, étant ajouté que la décision d’ouverture de ces deux lignes LGV supplémentaires a été prise en contradiction de l’avis de la Commission d’enquête publique !

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