La France 9ème au classement des plus riches malgré une fiscalité dite confiscatoire

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La France : pays de riches ?

Quoi qu’on en dise, avec 2,07 millions de Français millionnaires en dollars, la France est bien installée dans le « peloton de tête » des plus riches, au coudes à coudes avec l’Allemagne, mais évidemment bien loin de la Suisse qui caracole toujours en tête avec ses 400 000 millionnaires, avec des « avoirs moyens par adulte (immobilier inclus et dettes déduites) de 564 650 dollars à mi-2019 », précédant les habitants de Hong Kong (489 260 dollars) puis ceux des Etats Unis et de la Chine, qui poursuit sa progression, le tout dans un contexte de hausse de 2,6 % de la richesse totale au plan mondial qui atteint désormais 360 milliards de dollars, soit une richesse moyenne par adulte de 70 850 dollars (+1,2 %)  !

Comment notre pays peut-il compter autant de riches alors qu’il est réputé avoir un système fiscal « confiscatoire » ?  Une étude annuelle du Crédit Suisse du 21 octobre 2019 sur la « richesse globale » l’explique.

La France, 9ème au « top 10 » des plus riches !

richesRapporté à la population pour gommer les « effets de taille » le nombre de millionnaires place en tête la Suisse, devant Hong-Kong, les Etats-Unis, la Chine et les Pays-Bas, la France avec plus de 3% de millionnaires se glissant tout juste à la 9ème place, avec des « avoirs médians » (patrimoine médian) de 101 942 dollars, et 276 121 dollars d’« avoirs par habitant en moyenne » !

Alors, pourquoi et comment un pays qui dit avoir un « problème » avec les riches, parvient-il à en contenir autant et à un haut niveau de richesse ?

Les Français sont comparativement mieux lotis que les Américains (où la médiane est à 65 900 dollars par adulte) ou les Allemands (35 313 dollars), les Américains étant pénalisés par un taux d’endettement plus élevé par rapport aux Français, et les Allemands l’étant par une proportion plus faible de « propriétaires immobiliers ». Mais plusieurs facteurs expliquent plus profondément ces statistiques.

Influence de plusieurs facteurs. Les inégalités des revenus primaires

La France est sans doute le pays où l’on redistribue le plus de richesses, mais sur fond de « très grandes inégalités » à la base. Ainsi, les inégalités primaires de revenus avant impôt et transfert sont plus élevées en France que dans les pays nordiques et dans les pays anglo-saxons comme l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Etats-Unis. Même si « l’Etat providence » (qui en fait n’existe plus vraiment) réduit ces inégalités, ce n’est qu’en partie seulement.

Le Crédit Suisse a noté globalement une diminution des inégalités depuis 2000 dans la plupart des pays, les 90% les moins riches possédant 18% de la fortune des ménages au plan mondial, contre 11% au tournant du siècle, sans qu’il soit possible cependant de parler pour autant d’un « tournant », même si le Crédit Suisse relève qu’un « pic de l’inégalité » a été atteint en 2016.

Une fiscalité peu « progressive »

Sur 1 000 milliards d’euros de prélèvements obligatoires chaque année, y compris les cotisations sociales, 75% sont payés par tous aux même taux, qu’ils soient riches ou pauvres.

A peine 90 milliards sont finalement issus de prélèvements « réellement progressifs » : l’impôt sur le revenu, les droits de succession et l’IFI (impôt sur la fortune immobilière).

La flambée des prix de l’immobilier

plus-value immobilièreComme ailleurs dans le monde, le taux de propriétaires augmente avec le niveau de richesse et l’immobilier constitue une part importante du patrimoine, sa valorisation étant un facteur important pour entrer dans le « cercle des millionnaires ».

En France, les hauts revenus se rassemblent sur une petite partie du territoire et dans les plus beaux quartiers des grandes métropoles et des régions les plus convoitées (Haute-Savoie, Côte d’Azur, etc..).

La « moyenne nationale des prix de l’immobilier » n’a donc plus aucun sens, à l’image de Paris : depuis 2005, les prix s’y sont envolés de près de 100%, comme à Londres, tandis qu’ailleurs, l’évolution des prix de l’immobilier a été nettement plus modérée durant la même période, comme en Allemagne où la progression a été de 50% environ, pour finir par l’Espagne avec une évolution proche de zéro % !

Un élitisme social prononcé en France

L’élitisme social des filières d’excellence renforce la concentration des revenus et des patrimoines sur une petite partie de la population. En effet, on recense près de cinquante fois plus d’enfants de cadres supérieurs que d’enfants d’ouvriers à l’Ecole Polytechnique, 20 fois plus d’enfants de cadres supérieurs que d’enfants d’ouvriers dans les Ecoles Normales Supérieures, 16 à l’ENA et 8 environ dans les « classes prépas ».

Ces formations sont sauf exceptions quasiment gratuites, et les élèves sont souvent en plus rémunérés. Ainsi, le capital des parents qui est transmis plus tard aux enfants n’est pas entamé et les étudiants entrent dans la vie active sans dettes et accèdent aux postes les plus rémunérateurs du privé et du public.

Plus généralement, l’éducation et la santé gratuites, sont deux éléments qui protègent les fortunes contre les accidents de la vie, contrairement à ce qui existe dans d’autres pays, et qui préservent par la suite les revenus de la propriété des riches et de leurs descendants.

Les possibilités « d’optimisation fiscale » des riches

L’évitement fiscal, la baisse du taux global d’imposition chez les plus riches, due au poids décroissant des cotisations sociales et de l’impôt sur le revenu et à l’utilisation de nombreuses « niches fiscales » (même si celles-ci diminuent en nombre) et de « techniques d’optimisation fiscale », font que le « taux d’imposition » s’avère finalement décroissant pour le « haut de la distribution des revenus ».

En somme, la France « ne s’en sort pas si mal que ça », quant à ses « riches », contrairement à une idée reçue !

Le Credit Suisse a par ailleurs anticipé dans son étude,  une hausse de 27 % de la richesse mondiale dans les cinq années à venir, laquelle devrait atteindre 459 milliards de dollars. La planète compterait alors, selon la même étude,  63 millions de millionnaires (quasiment en nombre l’équivalent de la population de la France !).

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