Une ruée sur un stablecoin peut se propager à la banque qui en héberge les réserves : c’est au nom de ce risque que le Système européen de banques centrales (SEBC), qui réunit la BCE et les banques centrales nationales de l’Union, a demandé le 22 septembre 2026 à la Commission européenne de supprimer l’obligation de placer une part des réserves de stablecoins en dépôts bancaires.
Dans leur réponse à la consultation de la Commission sur la révision de MiCA, les banques centrales de l’Union recommandent d’abandonner les seuils actuels du règlement : 30 % des réserves placées en dépôts bancaires pour les jetons non significatifs, 60 % pour les stablecoins classés significatifs. À la place, elles proposent des planchers minimaux de réserves mobilisables à un jour et à cinq jours ouvrés.
Le mécanisme de contagion redouté
L’argument central du SEBC est un scénario de panique. Il estime que l’obligation actuelle « crée un lien direct entre les émetteurs et les établissements de crédit » et pourrait exposer les banques à des difficultés de liquidité si une ruée sur un stablecoin force un émetteur à retirer ses dépôts rapidement.
Le SEBC appuie son raisonnement sur l’épisode de mars 2023. L’effondrement de la Silicon Valley Bank avait provoqué une ruée sur l’USDC de Circle, après que l’émetteur a indiqué que 3,3 milliards de dollars de ses réserves étaient déposés dans cette banque. La panique s’était transmise dans les deux sens : la faillite de l’établissement fragilisait le stablecoin, et le SEBC relève que le canal peut aussi jouer en sens inverse, une ruée sur le stablecoin accélérant alors le retrait des dépôts.
Le dirigeant de Tether, Paolo Ardoino, alerte depuis 2024 sur ce même mécanisme. Il illustre le risque depuis 2024 avec l’exemple d’un stablecoin détenant 10 milliards d’euros de réserves, dont 6 milliards en dépôts bancaires : si la banque prête 90 % de ces fonds, il ne reste que 600 millions d’euros immédiatement disponibles. Il affirme sur X que Tether a renoncé à demander une licence européenne en raison de cette clause, une affirmation que la société n’étaye par aucun document public.
Des seuils de liquidité en remplacement
Le SEBC renvoie aux projets de normes techniques soumis en 2024 par l’Autorité bancaire européenne (ABE), qui ne sont pas encore en vigueur : au moins 40 % des réserves des jetons significatifs dans des actifs arrivant à maturité sous un jour ouvré et 60 % sous cinq jours, contre 20 % et 30 % pour les jetons non significatifs. Le SEBC propose de reprendre ces pourcentages comme point de départ de la calibration, sous réserve d’analyses complémentaires. Les pensions livrées au jour le jour et les obligations souveraines à court terme figurent parmi les instruments alternatifs envisagés.
Le SEBC estime par ailleurs que les autorités se heurtent à des difficultés importantes dans l’application de MiCA, des sociétés crypto non conformes opérant hors de l’Union pouvant toujours toucher des clients européens. La Commission, saisie de cette recommandation, n’a annoncé aucun calendrier d’examen.