Le protocole THORChain a publiquement refusé, le 26 septembre 2026, la demande formelle de la plateforme Bitget de bloquer les portefeuilles des hackers, alors que ces derniers ont dérobé environ 387,5 millions de dollars à la bourse le 25 septembre, un chiffre réévalué à la hausse depuis une première estimation d’environ 352 millions.
La directrice générale de Bitget, Gracy Chen, avait demandé, quelques heures plus tôt, que le protocole refuse ses services aux adresses des attaquants, listées publiquement. « La décentralisation est un principe de conception, pas un bouclier pour la facilitation de fonds volés connus. L’industrie observe », a-t-elle écrit sur X.
Une décentralisation à géométrie variable
Sur son compte officiel, THORChain se présente comme décentralisé et sans permission, comme Bitcoin, Ethereum et BNB Chain, et renvoie la question à l’ensemble du secteur. « THORChain est décentralisé et sans permission comme Bitcoin, Ethereum et BNB Chain. Quelle responsabilité Bitcoin, Ethereum et BNB Chain devraient-ils assumer dans le traitement de fonds volés connus ? »
Le contraste avec mai 2026 est frappant : THORChain avait alors suspendu l’ensemble du trading après la compromission d’un de ses coffres Asgard, pour une perte d’environ 10,7 millions de dollars selon sa propre annonce, soit environ 36 fois moins que le vol chez Bitget. Le protocole précisait à l’époque que le réseau avait détecté automatiquement le comportement anormal et stoppé la signature des transactions sortantes.
Cette comparaison est précisément celle que GoPlus Security oppose au protocole. Selon la firme de sécurité, les coffres à signature multi-parties de THORChain donnent à environ 100 validateurs un contrôle collectif des transferts sortants, et le mécanisme d’urgence Mimir ne requiert que trois validateurs pour arrêter le réseau et quatre pour annuler l’arrêt. Des blocages ciblés de fonds liés à la Corée du Nord ont même été appliqués par le passé, avant d’être annulés, indique GoPlus. THORChain a répondu le 28 septembre qu’un arrêt du réseau n’est pas un gel sélectif de fonds et que le protocole ne censure pas par conception. BNB Chain, cité par THORChain dans sa comparaison, a fait arrêter sa chaîne par ses validateurs après un vol de 600 millions de dollars en 2022, ce qui a préservé l’essentiel du butin.
Un volume dopé par le piratage
Entre le 25 et le 27 septembre, THORChain a traité 678 millions de dollars de volume, contre 20 à 60 millions de dollars par jour la semaine précédente, selon ses propres statistiques. Sur ces deux jours, le protocole a dégagé près de 1,2 million de dollars de revenu brut, là encore un chiffre non audité publié par le protocole lui-même. Selon GoPlus, environ 101,5 BTC (8,5 millions de dollars) et 27,63 millions de XRP (43 millions de dollars) provenant du piratage de Bitget ont été traités par THORChain.
Le fondateur d’OKX, Star Xu, a également contesté la revendication de décentralisation du protocole, en soulignant le contrôle collectif des coffres. Selon les traqueurs cités par GoPlus, plus d’un milliard de dollars de fonds attribués à des opérations nord-coréennes auraient transité par THORChain depuis 2023. L’attribution du piratage de Bitget au groupe Lazarus reste toutefois une hypothèse d’investigateurs, jugée hautement probable mais non confirmée officiellement. Bitget, de son côté, affirme disposer d’un fonds de protection de plus de 464 millions de dollars et d’actifs propres supérieurs à un milliard, sans s’engager sur une date de rétablissement complet des retraits.