Brian Armstrong, PDG de Coinbase, a ouvert un nouveau front réglementaire, cette fois-ci de l’autre côté de l’Atlantique. Mardi, il a publiquement mis en garde la Banque d’Angleterre contre son projet d’imposer des plafonds stricts sur la détention de stablecoins, qualifiant cette mesure de frein majeur à l’innovation.
Ce bras de fer intervient alors que l’exchange américain cherche à sécuriser ses sources de revenus les plus dynamiques face à des régulateurs de plus en plus interventionnistes.
L’enjeu dépasse la simple querelle administrative : il s’agit de déterminer si le Royaume-Uni pourra conserver son ambition de devenir un hub mondial pour les cryptoactifs ou s’il poussera les acteurs majeurs vers la sortie. Pour les investisseurs, cette bataille réglementaire est cruciale car elle touche directement au modèle économique des plateformes et à la liquidité future du marché européen. Armstrong prévient que ces règles risquent de compromettre la compétitivité globale du Royaume-Uni dans l’économie numérique.
Un carcan réglementaire restrictif pour les stablecoins
La proposition controversée émane de la Banque d’Angleterre (BoE), qui a suggéré l’an dernier d’instaurer des limites drastiques pour protéger la stabilité financière. Le régulateur envisage de plafonner les avoirs individuels en stablecoins à environ 20 000 livres sterling (environ 26 350 dollars) et les avoirs des entreprises à 10 millions de livres. L’objectif affiché est d’éviter une fuite massive des dépôts bancaires traditionnels vers ces nouveaux actifs numériques en cas de crise.
Outre ces plafonds de détention, le cadre proposé imposerait aux émetteurs de conserver 40 % de leurs réserves sur des comptes de banque centrale ne générant aucun intérêt.
Cette contrainte technique tuerait dans l’œuf la capacité des émetteurs à offrir des rendements attractifs aux utilisateurs, neutralisant l’un des principaux attraits actuels de la DeFi et des produits centralisés comme ceux de Coinbase. Alors que d’autres juridictions avancent, comme on le voit avec Hong Kong et ses premières licences de stablecoins, l’approche britannique apparaît comme particulièrement défensive, voire techniquement difficile à mettre en œuvre sans une surveillance intrusive des portefeuilles.
Brian Armstrong monte au créneau pour défendre l’innovation
Face à ce projet, Brian Armstrong n’a pas mâché ses mots. Sur la plateforme X, il a déclaré que « la direction actuelle des règles fait l’inverse [de soutenir l’innovation] et agira comme un bloqueur ». Cette prise de position s’inscrit dans une stratégie de lobbying plus large, cohérente avec la manière dont Brian Armstrong défend le Clarity Act aux États-Unis.
Coinbase ne se bat pas seul. Le dirigeant a relayé une pétition lancée par Stand With Crypto UK, un groupe de défense des intérêts de l’industrie qu’il a contribué à financer. Cette pétition, qui a déjà recueilli plus de 80 000 signatures, appelle le gouvernement britannique à mettre en place un régime réglementaire « pro-innovation » et à nommer un responsable dédié à la blockchain. L’argumentaire est soutenu par des critiques parlementaires britanniques qui avaient déjà prévenu, comme le rapporte Decrypt, que ces mesures dissuaderaient l’adoption et pousseraient l’activité vers l’étranger.
Cette opposition est d’autant plus vive que l’exchange développe activement ses propres solutions, avec notamment des stablecoins personnalisés bientôt disponibles sur Coinbase, un produit qui serait directement impacté par ces limitations de volume.
Les stablecoins, un moteur de revenus désormais critique
Si la rhétorique porte sur l’innovation, la réalité financière est tout aussi pressante. Les stablecoins sont devenus une ligne de revenus vitale pour les exchanges dans un marché où les volumes de trading sont volatils. En 2025, Coinbase a généré 1,35 milliard de dollars de revenus liés aux stablecoins, une hausse significative par rapport aux 911 millions de dollars de l’année précédente. Rien qu’au quatrième trimestre, ce segment a rapporté 364 millions de dollars.
Selon les analystes de Bloomberg Intelligence, ce chiffre pourrait être multiplié par deux, voire par sept, si des législations favorables comme le GENIUS Act américain permettaient aux entreprises crypto d’offrir des rendements plus généreux sur les dépôts. À l’inverse, les plafonds britanniques agissent comme un plafond de verre sur cette croissance. Comme l’explique Steven Wu de Clearpool, si les stablecoins deviennent une « infrastructure financière de base », des plafonds stricts limiteront la capacité du Royaume-Uni à capter la liquidité institutionnelle, un secteur où l’on voit pourtant des avancées comme le partenariat récent entre Visa et BVNK pour l’infrastructure stablecoin.
Une exception britannique face au modèle européen ?
Cette bataille isole pour l’instant le Royaume-Uni sur la scène internationale. Ni le cadre européen MiCA (Markets in Crypto-Assets), ni les propositions américaines actuelles n’imposent de plafonds de détention aussi stricts sur les portefeuilles individuels pour des raisons de stabilité bancaire. Si la Banque d’Angleterre maintient sa ligne dure, elle risque de créer un arbitrage réglementaire défavorable à la City.
Toutefois, des signaux récents suggèrent que le régulateur pourrait assouplir sa position, le gouverneur Andrew Bailey ayant évoqué de possibles exemptions pour les exchanges faisant face à des contraintes opérationnelles. Pour l’investisseur européen, la situation reste à surveiller : si Londres se ferme, les flux de capitaux institutionnels pourraient se rediriger plus massivement vers les plateformes régulées sous le régime MiCA dans l’Union Européenne.
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Cet article ne représente en aucun cas un conseil en investissement. Les informations fournies ici sont à titre informatif seulement. Il est conseillé de faire vos propres recherches avant de prendre toute décision financière.
