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La fraude crypto atteint 11 milliards de dollars : ce que révèle le rapport du FBI

Le FBI a publié son rapport annuel sur la cybercriminalité (IC3 – Internet Crime Complaint Center), révélant que les fraudes liées aux cryptomonnaies ont atteint 11,366 milliards de dollars de pertes aux États-Unis en 2024, soit une hausse de 22 % par rapport à l’année précédente.

Ce chiffre représente désormais plus de la moitié des 20,9 milliards de dollars perdus au total dans les cybercrimes signalés. Au-delà du record statistique, ce rapport constitue un diagnostic systémique de la fraude dans l’écosystème des actifs numériques à l’échelle mondiale.

Pour l’investisseur français, ces données rappellent brutalement que l’exposition aux crypto-actifs implique une vigilance structurelle, indépendamment du cadre réglementaire européen en cours de déploiement.

Ce que révèle le rapport : les chiffres en détail

Selon le rapport IC3 2025 du FBI, les plaintes liées aux fraudes crypto ont progressé de 21 % sur un an, atteignant 181 565 signalements contre environ 150 000 l’année précédente. La fraude à l’investissement constitue de loin la catégorie la plus coûteuse, avec 10,7 milliards de dollars de pertes recensées, soit la quasi-totalité du préjudice crypto global.

Les arnaques de récupération (recovery scams), qui ciblent des victimes déjà lésées en leur promettant de récupérer leurs fonds, ont généré à elles seules 1,4 milliard de dollars de pertes supplémentaires.

Sur le plan démographique, les plus de 60 ans concentrent 6,4 milliards de dollars de pertes, soit environ 31 % du total, confirmant leur surexposition aux arnaques romantiques et aux faux conseillers en investissement. La perte moyenne par victime s’établit à 62 604 dollars, avec 18 589 personnes ayant déclaré des pertes supérieures à 100 000 dollars.

Les arnaques via distributeurs automatiques de crypto-monnaies (ATM) et codes QR frauduleux ont bondi de 58 %, générant 389 millions de dollars de pertes à partir de 13 460 plaintes. Ces données pointent vers un pattern structurel : la sophistication croissante des techniques de fraude s’adapte aux vecteurs d’adoption grand public.

Analyse des typologies : anatomie de la fraude crypto

La fraude à l’investissement (investment fraud) repose sur la promesse de rendements garantis via de fausses plateformes ou des gestionnaires de portefeuille fictifs, souvent contactés via les réseaux sociaux.

Le pig butchering (littéralement « engraissement avant abattage ») désigne une variante où l’escroc établit une relation de confiance prolongée – souvent romantique – avant d’orienter la victime vers une plateforme frauduleuse dont il contrôle les interfaces et les faux relevés de gains. Ce type de schéma représente la fraction la plus importante des 10,7 milliards de dollars de fraudes à l’investissement documentés par le FBI.

Les faux pools de liquidité (liquidity pool scams) exploitent la mécanique de la finance décentralisée (DeFi) en attirant des investisseurs vers des protocoles factices promettant des rendements élevés, avant de drainer les fonds déposés – un mécanisme également désigné sous le terme de rug pull (retrait brutal de liquidités).

Des cas récents documentés dans l’écosystème illustrent l’amplitude de ce risque : la dissolution de Balancer Labs à la suite d’une perte de 110 millions de dollars ou encore l’exploit du protocole Resolv ayant permis une émission frauduleuse d’actifs pour 80 millions de dollars montrent que ces vecteurs d’attaque ne sont pas théoriques.

Les arnaques au support technique (tech support scams) ont généré 1,226 milliard de dollars de pertes, en ciblant principalement des investisseurs novices contactés par de faux agents se présentant comme représentants d’une plateforme ou d’un wallet.

L’intelligence artificielle (IA) s’est imposée comme catalyseur transversal : selon le rapport, près de 86 000 plaintes impliquaient directement des outils d’IA, pour un préjudice de 893 millions de dollars, via deepfakes, chatbots frauduleux et usurpations d’identité automatisées.

Contexte systémique : pourquoi la fraude crypto explose

Ce chiffre de 11 milliards de dollars ne constitue pas un cas isolé mais s’inscrit dans une tendance lourde documentée sur une décennie. Les pertes liées à la fraude crypto signalées au FBI s’élevaient à 27 millions de dollars en 2017 ; elles atteignaient 9,3 milliards en 2023.

La progression est exponentielle et corrélée à l’adoption grand public, qui multiplie mécaniquement les cibles potentielles. Selon les estimations de Chainalysis, l’activité de fraude crypto à l’échelle mondiale aurait atteint au moins 14 milliards de dollars en 2024, avec une projection dépassant 17 milliards à mesure que les outils d’IA industrialisent la production de contenus frauduleux.

La nature pseudonyme et décentralisée des crypto-actifs constitue le talon d’Achille structurel de l’écosystème : les transactions sont irréversibles et les escrocs opèrent depuis des juridictions multiples, rendant les poursuites complexes.

Le FBI a néanmoins réussi à geler plus de 3 000 wallets illicites et à préserver plus de 500 millions de dollars de pertes potentielles via ses opérations de surveillance. L’opération Level Up a notamment permis l’inculpation de dix individus liés à un réseau étranger de manipulation de prix.

En Europe, le cadre réglementaire MiCA (Markets in Crypto-Assets) et le régime français des Prestataires de Services sur Actifs Numériques (PSAN) visent précisément à réduire ces surfaces d’attaque en imposant des obligations strictes de connaissance du client (KYC) et de lutte contre le blanchiment (AML).

La suspension partielle de Bithumb pour manquements aux exigences AML illustre la pression réglementaire croissante sur les plateformes, y compris hors de l’Union européenne.

Implications pour l’investisseur français

Pour l’investisseur particulier et institutionnel, ce rapport est un signal d’alarme sur la nature systémique du risque de fraude dans l’écosystème crypto, indépendamment de la qualité des actifs détenus. Un investisseur français exposé à des plateformes non régulées, des protocoles DeFi non audités ou des gestionnaires sans agrément AMF/PSAN présente un profil de risque significativement plus élevé que celui opérant exclusivement sur des infrastructures conformes.

La diversification géographique de la fraude – concentrée aux États-Unis mais structurellement transnationale – signifie que ces vecteurs d’attaque s’appliquent avec la même efficacité à un investisseur basé à Paris ou à Lyon.

Sur le plan fiscal, une perte résultant d’une fraude crypto n’est pas automatiquement déductible en France : l’administration fiscale distingue la perte en capital (cessation à titre onéreux) de la perte par escroquerie. Il est donc impératif de conserver toutes les preuves de transaction et de signaler tout incident à l’AMF ou à l’ACPR pour constituer un dossier.

La vigilance accrue préconisée par le rapport du FBI doit s’accompagner d’une discipline documentaire rigoureuse de la part de l’investisseur français.

Recommandations pratiques pour l’investisseur

En pratique, cet événement doit inciter les investisseurs à :

  • Vérifier l’enregistrement des plateformes : N’utiliser que des prestataires enregistrés auprès de l’AMF sous le régime PSAN ou bénéficiant d’un agrément MiCA dans l’Union européenne. La liste publique des PSAN enregistrés est consultable directement sur le site de l’AMF.
  • Reconnaître les signaux d’alerte de la fraude à l’investissement : Toute promesse de rendement garanti, toute sollicitation non sollicitée via les réseaux sociaux ou applications de messagerie, et tout gestionnaire demandant un accès direct à un wallet constituent des indicateurs de fraude avérés.
  • Sécuriser ses wallets et activer l’authentification à deux facteurs (2FA) : Utiliser des solutions de conservation autonomes (hardware wallets) pour les montants significatifs, et ne jamais partager ses clés privées ou phrases de récupération (seed phrases) avec un tiers, quelle que soit la raison invoquée.
  • Signaler tout incident aux autorités compétentes : En France, les signalements de fraudes aux crypto-actifs relèvent de l’AMF (Autorité des marchés financiers), de l’ACPR et de la plateforme Pharos pour les contenus frauduleux en ligne. Un signalement rapide augmente les chances de gel des actifs par les autorités.

Pour l’investisseur prudent, la diversification des points d’entrée et l’utilisation de solutions de conservation autonomes restent les seuls remparts efficaces contre ce type de risque systémique.


Cet article ne représente en aucun cas un conseil en investissement. Les informations fournies ici sont destinées à des fins éducatives et informatives uniquement. L’investissement dans les crypto-actifs comporte des risques de perte en capital. Faites vos propres recherches avant toute décision financière.


Source : U.Today – FBI: Crypto Fraud Reaches $11 Billion

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Baptiste Leclercq

Baptiste Leclercq

Rédacteur spécialisé en crypto-monnaies pour Actufinance.fr, je décrypte au quotidien l’actualité des marchés numériques, des projets blockchain émergents et des tendances DeFi. Fort d’une expertise pointue acquise au fil des années dans l’écosystème crypto, je veille à fournir une information claire, fiable et à jour pour aider les lecteurs à mieux comprendre les enjeux de ce secteur en constante évolution. Mon objectif : rendre l’innovation accessible à tous, sans sacrifier la rigueur journalistique.