Le paysage des actifs numériques en Corée du Sud s’apprête à connaître son plus grand bouleversement depuis près de dix ans. Après une période de gel prolongée qui maintenait les entreprises en marge de l’écosystème, Séoul change de cap. La Commission des services financiers (FSC) a officiellement lancé un processus visant à autoriser les investissements des personnes morales dans les cryptomonnaies. Cette décision marque une rupture nette avec la politique de restriction instaurée en 2017, qui limitait jusqu’ici les échanges aux seuls particuliers.
Une levée progressive des restrictions historiques
Depuis 2017, la Corée du Sud appliquait une interdiction quasi totale pour les entreprises souhaitant ouvrir des comptes sur les plateformes d’échange. Cette mesure, bien que non inscrite noir sur blanc dans la loi, était appliquée avec une rigueur extrême par les banques locales, sur recommandation directe des régulateurs. L’objectif initial était de freiner la spéculation massive et de protéger le système financier.
Le plan de réouverture annoncé par la FSC se veut méthodique et segmenté. Dans un premier temps, le gouvernement a accordé le droit aux organisations à but non lucratif, aux universités et aux forces de l’ordre de liquider ou de gérer des actifs virtuels. La seconde phase, plus stratégique, prévoit d’ouvrir l’accès aux sociétés cotées et aux investisseurs professionnels d’ici la fin de l’année. Ce déploiement par étapes permet aux autorités de tester la résilience du marché tout en évitant une surchauffe immédiate.
Un cadre réglementaire renforcé pour sécuriser les flux
Pour accompagner cette transition, la Corée du Sud s’appuie sur la Loi sur la protection des utilisateurs d’actifs virtuels. Ce socle législatif impose des règles strictes en matière de transparence et de sécurité. Désormais, les entreprises devront se soumettre à des procédures de vérification d’identité (KYC) extrêmement poussées. Les banques partenaires, chargées de fournir des comptes au nom réel, auront la responsabilité de surveiller l’origine des fonds et la finalité des transactions.
Les régulateurs exigent également que les plateformes d’échange renforcent leurs systèmes de conservation des actifs. L’idée est d’isoler les fonds des clients institutionnels pour prévenir tout risque de contagion en cas de défaillance d’une plateforme. Cette exigence de conformité vise à transformer un marché autrefois perçu comme un « Far West » spéculatif en un secteur financier mature, capable d’attirer des capitaux de long terme plutôt que de simples flux opportunistes.
L’ambition de devenir un hub mondial des actifs numériques
Cette ouverture n’est pas seulement une réponse à la pression des entreprises locales. Elle s’inscrit dans une volonté plus large de ne pas se laisser distancer par les États-Unis ou l’Europe, où l’institutionnalisation de la crypto est déjà bien avancée avec le succès des ETF Bitcoin au comptant. En facilitant l’entrée des institutionnels, Séoul espère augmenter la liquidité de ses marchés locaux et réduire la volatilité excessive souvent associée au trading de détail.
À l’horizon 2026, la Corée du Sud envisage même d’autoriser ses propres ETF crypto, tout en développant un cadre pour des stablecoins indexés sur le won. Ce tournant pragmatique montre que le pays reconnaît désormais les actifs numériques comme un moteur d’innovation économique essentiel. Le défi reste toutefois de trouver l’équilibre parfait entre une croissance dynamique et une surveillance assez stricte pour éviter les dérives passées.
L’entrée massive des institutions sur le marché coréen pourrait bien redéfinir les équilibres mondiaux du secteur. Si la Corée du Sud réussit son pari, elle prouvera qu’une régulation ferme n’est pas l’ennemie de l’innovation, mais plutôt le socle nécessaire à son adoption à grande échelle.
Sources : Sedaily
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