Le partage de succession est l’opération juridique qui clôt le règlement d’une succession en répartissant l’actif successoral entre les héritiers. Il marque la fin de l’indivision née au décès et garantit à chacun la part qui lui revient.
La complexité de cette étape varie selon la nature des biens transmis (mobiliers, immobiliers ou mixtes) et selon le nombre d’héritiers concernés. Encadré par le code civil et le code général des impôts (CGI), le partage est également enrichi par la jurisprudence, qui précise de nombreuses modalités pratiques.
Qu’il soit amiable ou judiciaire, le partage successoral implique inventaire, évaluation, calcul des quotes-parts et, le cas échéant, paiement de soultes. Le rôle du notaire est déterminant pour sécuriser les opérations et assurer la conformité fiscale.
Cadre général du partage successoral
Le code civil (art. 815) dispose que nul ne peut être contraint de rester dans l’indivision, ce qui confère à tout héritier le droit de demander le partage. L’actif successoral, défini par l’article 720, comprend les biens, droits et obligations transmissibles du défunt.
Avant le partage, plusieurs étapes sont nécessaires :
- l’acquisition de la qualité d’héritier (acceptation expresse ou tacite, art. 768 et suiv.),
- la liquidation de la succession par inventaire (art. 803 et suiv.),
- et le règlement des dettes.
Sur le plan fiscal, l’acte de partage est soumis à un droit d’enregistrement ou à une taxe de publicité foncière (CGI, art. 746 et 747), généralement fixé à 2,5 % de l’actif net partagé.
Le partage des biens exclusivement mobiliers
Partage amiable
Lorsque la succession comprend uniquement des biens mobiliers (comptes bancaires, titres financiers, objets d’art, meubles), le partage peut être effectué à l’amiable, sous seing privé ou encore par acte notarié. Les héritiers se répartissent alors les biens ou leur valeur selon leurs droits successoraux.
Procédure type :
- établissement de l’actif net divisible,
- répartition des biens par lots ou tirage au sort,
- rédaction d’un procès-verbal de partage.
Lorsque le partage reste informel, aucun droit d’enregistrement n’est dû (CGI, art. 635). Toutefois, l’acte notarié reste conseillé pour prévenir d’éventuels litiges.
Partage judiciaire
En cas de désaccord, le tribunal judiciaire peut être saisi. Un notaire rapporteur est alors désigné pour dresser inventaire, examiner les demandes d’attribution préférentielle (art. 834 C. civ.) et proposer un projet de partage.
La jurisprudence rappelle que l’omission d’un bien mobilier dans le projet n’annule pas l’acte, à condition que l’erreur soit rectifiée avant la clôture (Cass. 1re civ., 3 juin 2010).
Le partage des biens exclusivement immobiliers
Formalités notariales et fiscales
Les biens immobiliers doivent obligatoirement être partagés par acte notarié. L’opération inclut :
- une évaluation (expertise conventionnelle ou judiciaire),
- la constitution de lots,
- et le calcul des soultes pour compenser des déséquilibres.
L’acte doit être publié au service de la publicité foncière pour entraîner la mutation des droits. Sur le plan fiscal, les soultes sont assimilées à des ventes et peuvent entraîner une taxation à la plus-value immobilière (CGI, art. 748).
Jurisprudence en matière d’évaluation
Les juges exigent que l’expertise intègre la situation du bien, notamment son potentiel d’urbanisation (CA Versailles, 28 juin 2001). La Cour de cassation valide les méthodes d’évaluation retenues, pourvu qu’elles soient justifiées (Cass. 3e civ., 2 déc. 2003).
Le partage d’un actif successoral mixte
Lorsque la succession comprend des biens mobiliers et immobiliers, le partage combine les règles propres aux deux catégories. La méthode la plus fréquente consiste à :
- inventorier l’actif global,
- constituer des lots équilibrés en valeur,
- prévoir des soultes pour ajuster les écarts.
Le partage amiable est préférable pour limiter les coûts et éviter l’application du droit de partage sur les biens mobiliers non constatés.
La jurisprudence insiste sur la nécessité de distinguer clairement les soultes afférentes aux immeubles de celles concernant les meubles, afin de déterminer correctement l’assiette fiscale (Cass. 1re civ., 19 nov. 2009).
L’impact du nombre d’héritiers
Cas d’un héritier unique
Lorsqu’il n’y a qu’un seul héritier, il n’y a pas de véritable partage mais simplement transfert intégral de l’actif. Une attestation de propriété établie par le notaire suffit, ce qui permet d’éviter le droit de partage.
Cas de plusieurs héritiers
La coordination devient plus complexe : il faut s’accorder sur l’évaluation des biens, établir des lots équilibrés et calculer les soultes.
En cas de désaccord, tout héritier peut solliciter le partage judiciaire (art. 815-5 C. civ.). Les tribunaux veillent au respect des droits réservataires (art. 914 et suiv.). La Cour de cassation a jugé que la demande de partage judiciaire ne constitue pas un abus lorsqu’elle vise à garantir l’égalité successorale (Cass. 1re civ., 15 févr. 2012).
Le rôle central du notaire et la fiscalité
Le notaire est l’acteur incontournable du partage successoral. Il établit :
- l’acte de notoriété, qui atteste de la qualité d’héritier,
- le bilan du patrimoine (actif et passif),
- l’acte de partage définitif.
Il veille également au respect des obligations fiscales. Les héritiers doivent déclarer les biens reçus (CGI, art. 757 pour les biens mobiliers, art. 758 pour les biens immobiliers) dans un délai général de 6 mois à compter de l’ouverture de la succession. Les droits de succession sont calculés selon la valeur transmise et le lien de parenté (CGI, art. 777).
Les litiges et l’apport de la jurisprudence
En pratique, les successions sont fréquemment sources de tensions. La jurisprudence apporte des clarifications essentielles :
- valeur des biens retenue au jour du partage et non du décès,
- possibilité d’ordonner une licitation judiciaire (vente aux enchères) en cas de blocage,
- contrôle du calcul des soultes pour garantir l’équité.
Ainsi, la Cour de cassation et les Cours d’appel assurent l’application uniforme du droit et préviennent les abus.
Conclusion
Le partage de succession est une étape incontournable qui met fin à l’indivision successorale et organise la répartition équitable de l’actif du défunt. Selon la nature des biens et le nombre d’héritiers, il peut être simple (héritier unique, biens mobiliers facilement divisibles) ou complexe (patrimoines mixtes, héritiers nombreux).
Encadré par le code civil et le CGI, et enrichi par une abondante jurisprudence, le partage peut être amiable — solution la plus économique et rapide — ou judiciaire en cas de désaccord. Le rôle du notaire est déterminant pour garantir la sécurité juridique, optimiser la fiscalité et préserver l’équilibre entre les héritiers.
En définitive, bien maîtriser les règles du partage successoral permet non seulement d’assurer la protection des droits de chacun, mais aussi de prévenir durablement les litiges familiaux.