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Polymarket US : plus de 80 % des dépôts jugés frauduleux

Une enquête du Wall Street Journal publiée le 20 septembre 2026 révèle qu’en février de la même année, des fraudeurs ont relié des cartes de débit volées à des milliers de comptes Polymarket US nouvellement créés, dans le but de faire transiter au moins 10 millions de dollars.

Selon des personnes proches du dossier citées par le WSJ, les fraudeurs auraient financé des paris avant de tenter de récupérer les gains sur des cartes ou comptes qu’ils contrôlaient. Ce montant correspond à un flux tenté, et non à une perte confirmée : la majorité des dépôts auraient échoué, selon une source proche du dossier.

Comment le dispositif de paiement a été exploité

Checkout.com, le prestataire chargé des dépôts par carte de débit pour Polymarket US, aurait été le premier à détecter l’anomalie. À un moment donné, plus de 80 % des dépôts traités pour la plateforme auraient été classés comme frauduleux, contre environ 1 % habituellement selon la référence sectorielle citée par le WSJ. Environ sept utilisateurs auraient concentré l’essentiel de l’activité suspecte, l’un d’eux ayant tenté à lui seul près de 4 000 dépôts.

Pour accélérer les retraits sur un produit encore en bêta, la direction aurait supprimé une garantie consistant à exiger qu’un retrait revienne vers le même instrument de paiement que celui du dépôt initial – un mécanisme censé bloquer le schéma classique de la carte volée.

Le produit américain avait ouvert en décembre 2025, après l’acquisition d’une plateforme agréée pour environ 112 millions de dollars et une désignation modifiée de la CFTC. Plus de 500 millions de dollars auraient été déposés sur ce nouveau produit, dont l’activité de paris restait toutefois inférieure à 300 millions de dollars en janvier 2026, contre plus de 7,6 milliards sur la plateforme internationale.

Des employés auraient alerté sur un risque de blanchiment après la suppression de cette protection. Selon des personnes proches des événements citées par le WSJ, le PDG Shayne Coplan aurait répondu en substance qu’il fallait continuer à croître et payer une amende si les régulateurs finissaient par s’en apercevoir – une allégation attribuée à ces sources, que Polymarket n’a pas confirmée publiquement. Sur les questions de conformité, l’enjeu dépasse le seul cas Polymarket, comme le montre le récent dossier de suspension partielle de Bithumb pour manquements AML.

La réponse de Polymarket et les départs internes

Un porte-parole de Polymarket a indiqué que l’entreprise reste engagée en faveur de marchés exacts, équitables et transparents, et qu’elle dispose de processus pour détecter, examiner et traiter les activités suspectes. Une porte-parole a ajouté que la société connaît une croissance rapide et reste concentrée sur un développement responsable.

Andrew Clifford, directeur de la conformité de Polymarket US, aurait démissionné en avril 2026 après avoir transmis aux dirigeants un rapport détaillé sur les problèmes de fraude, selon des personnes proches du dossier. Peu après, Justin Hertzberg, dirigeant de la division américaine, aurait été licencié, tandis que les responsables américains de la réglementation et de la lutte anti-blanchiment quittaient également l’entreprise. Le cabinet Sullivan & Cromwell aurait conclu, selon des personnes proches de ses conclusions, que l’entreprise avait respecté la réglementation.

Une affaire au cœur du débat sur la supervision des marchés prédictifs

Des anciens responsables de la CFTC, du ministère de la Justice et de l’IRS cités par le WSJ jugent l’ampleur de la tentative et la réaction interne atypiques pour des plateformes réglementées de matières premières et de jeux d’argent. DraftKings et FanDuel appliquent une règle de retrait vers la même source ; Kalshi ne l’utilise pas mais inspecterait les retraits incompatibles et gèlerait les paiements suspects, selon une source citée par le WSJ. En mai 2026, le taux de fraude serait revenu près des normes sectorielles, après que Polymarket a limité le nombre de cartes par compte et recruté le prestataire antifraude Riskified.

Ce type d’incident nourrit un débat plus large sur les garde-fous des marchés prédictifs face aux attaques Sybil et aux manipulations, un sujet déjà documenté dans le dossier consacré aux vulnérabilités de Polymarket. Des travaux de recherche évoqués en marge de l’enquête suggèrent que Polymarket US aurait défendu auprès de la CFTC, dans un dépôt du 27 février 2026, un modèle de compensation de détail sans recours à des futures commission merchants – une position qui pourrait désormais être fragilisée par l’épisode de février, sans que la CFTC n’ait tranché publiquement sur ce point. Cet épisode reste distinct d’une panne survenue en juillet et d’une faille séparée ayant exposé près de 500 comptes.

Ce que l’affaire peut changer pour Polymarket

La CFTC enquête actuellement sur l’entreprise, tandis que le conseil municipal de New York examine séparément ses pratiques publicitaires. Depuis l’attaque, Polymarket a renforcé son équipe de risque, notamment avec un ancien agent du FBI, et amélioré ses tests produits – des mesures à comparer avec l’ampleur de la fraude crypto documentée dans le rapport du FBI sur les 11 milliards de dollars de fraude crypto.

Sur le plan financier, la société cherche environ 1 milliard de dollars à une valorisation proche de 21 milliards, avec Warren Jenson nommé premier directeur financier le 10 septembre 2026, dans un contexte qui évoque une cotation potentielle en 2027. Reste à observer si les contrôles de paiement tiendront dans la durée, comment seront traités les retraits vers des instruments différents de ceux du dépôt, et si les conclusions de la CFTC pousseront vers un renforcement des exigences AML/KYC applicables aux marchés prédictifs.

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Arthur Carlier

Arthur Carlier

Rédacteur pour Actufinance.fr, je suis passionné par l’écosystème crypto depuis plus de dix ans. Expert en blockchain, Web3 et NFT, j’analyse les tendances émergentes, décrypte les projets innovants et vulgarise l’actualité pour rendre ces technologies accessibles à tous. Mon parcours mêle journalisme économique et participation active à des projets Web3, ce qui me permet d’apporter une vision concrète et stratégique des enjeux du secteur. Je suis régulièrement sollicité pour intervenir lors de conférences ou contribuer à des publications spécialisées. Mon objectif : aider les investisseurs, curieux ou confirmés, à naviguer dans l’univers en constante évolution des cryptomonnaies et des actifs numériques.