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4 % d’émission annuelle : le PDG de StarkWare s’attaque au hard cap de Bitcoin

Eli Ben-Sasson, PDG de StarkWare, a relancé l’un des débats les plus sensibles de l’écosystème Bitcoin en proposant de remplacer le plafond fixe des 21 millions de BTC par un taux d’émission annuel permanent de 4 %. La réaction communautaire a été immédiate et quasi unanimement hostile.

La proposition, partagée sur X, repose sur un constat arithmétique : les clés privées se perdent de façon irréversible au fil du temps, réduisant mécaniquement l’offre accessible. Ben-Sasson pousse le raisonnement jusqu’à son terme logique – sur un horizon infini, la totalité des clés privées finira par être perdue, ramenant l’offre circulante vers zéro.

Une logique déflationniste retournée contre le hard cap

Pour étayer son argument, Ben-Sasson s’appuie sur une estimation de Ledger, selon laquelle environ 4 millions de BTC seraient déjà définitivement inaccessibles. Ce chiffre représente près de 20 % de l’offre maximale théorique, et il augmente structurellement à mesure que des portefeuilles anciens tombent dans l’oubli.

Son contre-modèle : un taux d’émission de 4 % par an, présenté comme aligné sur la croissance démographique mondiale à long terme, qui maintiendrait une disponibilité suffisante de bitcoin pour les utilisateurs futurs sans supprimer toute notion de rareté. Ben-Sasson précise qu’il ne s’agit pas d’une émission illimitée, mais d’un mécanisme prévisible en remplacement d’un plafond qu’il juge progressivement vidé de sa substance.

Ce raisonnement a toutefois laissé la communauté largement convaincue du contraire. Alors que le réseau a déjà franchi les 20 millions de BTC minés, représentant plus de 95 % de l’offre maximale, la plupart des acteurs considèrent que la rareté résiduelle est précisément ce qui confère sa valeur à l’actif.

Une opposition frontale sur le fond et la forme

Les critiques avancent un contre-argument symétrique : les bitcoins perdus ne sont pas un problème systémique, ils sont une caractéristique. Des pièces définitivement inaccessibles réduisent le flottant effectif et augmentent la rareté pour les détenteurs existants, amplifiant mécaniquement la valeur de chaque unité restante.

Michael Saylor, président exécutif de Strategy, incarne cette position jusqu’à son extrême : il a déclaré publiquement avoir l’intention de détruire l’accès à ses propres holdings à sa mort, précisément parce qu’il considère que cette destruction volontaire renforce la rareté de l’offre restante.

L’argument de la divisibilité a également été mobilisé contre Ben-Sasson. Bitcoin est divisible en 2,1 quadrillions de satoshis – l’unité minimale du réseau. À cette granularité, la pénurie de units disponibles pour les transactions n’existe pas dans un avenir prévisible, quelle que soit la quantité de BTC définitivement perdue.

Ben-Sasson a répondu que cet argument manque sa cible : les satoshis associés à des clés privées perdues sont eux aussi définitivement inaccessibles, et la divisibilité théorique n’a aucune valeur pratique si les unités elles-mêmes ne peuvent être dépensées.

La gouvernance Bitcoin comme verrou structurel

Au-delà du débat économique, la proposition se heurte à un obstacle de gouvernance que ses détracteurs considèrent comme quasi infranchissable. Modifier le hard cap nécessiterait un Bitcoin Improvement Proposal (BIP), une intégration dans Bitcoin Core – le client utilisé par l’écrasante majorité des nœuds – et surtout l’adoption volontaire de cette version modifiée par une majorité suffisante de l’écosystème.

Sans ce consensus, un tel changement produirait un hard fork : deux chaînes concurrentes, l’une maintenant le plafond à 21 millions, l’autre adoptant l’émission à 4 %. Dans ce scénario, les incitations économiques des détenteurs actuels – dont la valeur est indexée sur la rareté – pèsent structurellement en faveur de la chaîne originelle. Ce débat n’est pas sans précédent : d’autres propositions de modification du protocole, comme le gel des coins vulnérables à l’informatique quantique, ont suivi le même schéma de rejet communautaire appuyé.

Ce n’est pas la première fois que la politique monétaire de Bitcoin est mise en question par une personnalité issue de l’écosystème des couches applicatives. En 2024, une vidéo éducative de BlackRock mentionnant l’absence de garantie sur l’offre maximale avait déclenché une controverse similaire, sans déboucher sur la moindre modification du protocole.

Ce que cela signifie pour les détenteurs

Pour un investisseur exposé à Bitcoin, la proposition de Ben-Sasson ne représente pas un risque immédiat sur les fondamentaux de l’actif. La probabilité d’un changement consensuel du hard cap reste extrêmement faible compte tenu de la structure de gouvernance décentralisée du réseau et des incitations économiques en jeu.

Ce type de débat a néanmoins une utilité de signal : il rappelle que la robustesse du plafond des 21 millions repose non sur une règle juridique, mais sur un équilibre d’incitations que les grands détenteurs institutionnels et individuels ont collectivement intérêt à préserver. Toute fragmentation significative de ce consensus constituerait le véritable risque à surveiller – bien davantage que la proposition elle-même.

Le prochain halving, attendu autour de mars-avril 2028, ramènera la récompense par bloc à 1,5625 BTC et relancera inévitablement la question de la soutenabilité à long terme du modèle de sécurité du réseau, financé de plus en plus exclusivement par les frais de transaction. Ce jalon pourrait fournir un terrain plus favorable aux partisans d’une révision de la politique monétaire – à condition que la sécurité du réseau commence à montrer des signes mesurables de tension.

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Arthur Carlier

Arthur Carlier

Rédacteur pour Actufinance.fr, je suis passionné par l’écosystème crypto depuis plus de dix ans. Expert en blockchain, Web3 et NFT, j’analyse les tendances émergentes, décrypte les projets innovants et vulgarise l’actualité pour rendre ces technologies accessibles à tous. Mon parcours mêle journalisme économique et participation active à des projets Web3, ce qui me permet d’apporter une vision concrète et stratégique des enjeux du secteur. Je suis régulièrement sollicité pour intervenir lors de conférences ou contribuer à des publications spécialisées. Mon objectif : aider les investisseurs, curieux ou confirmés, à naviguer dans l’univers en constante évolution des cryptomonnaies et des actifs numériques.