Reconfinement : A quoi s’attendre économiquement ?

0
675

Le scénario tant redouté est malheureusement déjà la. La deuxième vague que nous avons redouté pendant des mois est bien présente, entrainant avec elle un reconfinement généralisé. En France, comme un peu partout en Europe. Si l’Etat a déjà mobilisé plus de 60 milliards de dépenses pendant la première vague, de nouvelles dépenses publiques sont attendues et nécessaire pour la survie du tissu économique française. Zoom sur les actions qui seront mises en place et sur les risques que ce reconfinement fait peser sur une économie déjà fragilisée.

Des estimations plus optimistes que lors du premier confinement

Les chiffres d’ores et déjà avancés par l’exécutif font état d’un recul de près de 15 % du PIB sur le mois de Novembre. Si la baisse peut paraitre significative elle est en réalité à nuancer au regard de la chute du PIB lors du premier confinement : – 30 % sur les mois de Mars et Avril 2020. Ce second volet du confinement devrait être moins brutal. C’est en tous les cas ce qu’assure le ministre de l’économie Bruno Le Maire.

En fin d’année, le recul du PIB devrait être de 11 %, en lieu et place des 10 % annoncés il y a quelques semaines.

Comment expliquer cette différenciation entre les deux phases de confinement ?

Si certains parleront d’expérience acquise, d’autres préfèreront mettre en avant deux points comme deux variables explicatives de cette baisse supposée plus modérée de l’activité.

Premièrement, au niveau des mesures prises, certaines laissent à penser à une compression plus modérée des chiffres et de l’activité. En effet, certains secteurs comme celui du bâtiment avaient été totalement mis à l’arrêt lors du premier confinement. Ce ne sera pas le cas avec cette deuxième vague.

De plus, ce deuxième confinement s’accompagne d’une très forte volonté à développer le télétravail. Le gouvernement a d’ailleurs précisé que le “télétravail ne devait pas être une option. Sans pour autant prendre de mesures coercitives, la ministre du travail Elizabeth Borne tentait de faire entendre raison aux entreprises en mesure de mettre en place ces mesures de travail à distance. Sur ce point, l’expérience acquis de la première vague de confinement pourra aider.

Comment expliquer cette différenciation entre les deux phases de confinement ? 
Le reconfinement ne devrait pas limiter structurellement les échange avec la Chine.

Deuxièmement, l’économie ne sera cette fois pas mise totalement à l’arrêt également en partie parce que les chaînes logistiques avec l’Asie et notamment la Chine continueront cette fois de fonctionner. A un rythme probablement plus faible que son rythme de croisière mais les échanges pourront perdurer. Rappelons que de nombreuses entreprises françaises sont dépendantes de cette relation économique dans la fabrication de leurs produits.

Enfin, contrairement à ce qui avait été décidé lors de la première vague du confinement, les écoles resteront cette fois ouvertes, permettant notamment pour les travailleurs à domicile, d’exercer dans de meilleures conditions de travail.

Reconfinement : Quel danger pour les entreprises déjà en difficulté ?

Si les chiffres annoncés semblent plus rassurants que lors du premier confinement, ils ne reflètent pas tout. C’est ce que défendent un certain nombre d’économistes qui estiment que le véritable danger tient dans l’enchainement de ces deux phases de confinement, dans un laps de temps assez rapproché.

C’était aussi l’avis du MEDEF (mouvement des entreprises de France) qui parlait avant les nouvelles mesures gouvernementales d’un “effondrement de l’économie”, en cas de reconfinement.

De plus, pour la plupart des secteurs d’activité, cette période des fêtes de fin d’année est cruciale pour le chiffre d’affaire et donc de facto pour la survie de ces entreprises. Nous pensons notamment aux activités du tertiaire, fortement atteint dès Mars dernier. C’est donc une certitude, le paysage de nombreux secteurs d’activité se trouvera à nouveau modifié en profondeur dans les semaines ou les mois qui viennent.

Des mesures gouvernementales qui creusent encore le déficit

Quelques jours avant l’annonce du reconfinement, Bruno Le Maire annonçait qu’un reconfinement étendu à l’ensemble de la population aurait des répercussions économiques 20 fois plus importantes que le couvre-feu. Soit environ 15 à 20 milliards d’euros par mois pour le budget de l’état.

Des mesures gouvernementales qui creusent encore le déficit 
Le gouvernement oeuvre pour limiter l’impact sur la consommation des ménages et sur l’investissement des entreprises

Pour les employés dans l’incapacité de télétravailler, le dispositif de chômage partiel sera prolongé à un niveau plein au moins jusqu’au 31 Décembre. Néanmoins, ce dispositif devrait être moins massivement utilisé par les entreprises. Notamment parce que le télétravail sera plus largement utilisé. L’objectif avoué pour le gouvernement est d’alléger la facture sur ce dispositif. Au plus fort de la première vague, près de 12 millions de travailleurs étaient concernés par ce dispositif de chômage partiel.

Dans le cadre général, le dispositif s’accompagne d’un paiement par l’état de 84 % du montant des salaires et d’un reste à charge de 15 % pour les entreprises. A l’exception de celles qui font l’objet d’une fermeture administrative comme les restaurants ou les bars. Pour ces entreprises, les salaires seront pris en charge en totalité par les caisses de l’état.

Pour les travailleurs indépendants ou les entreprises, le dispositif du fond de solidarité continuera lui aussi à perdurer. Il sera même étendu aux entreprises jusqu’a 50 salariés alors que la limitation s’appliquait auparavant à des structures de moins de 10 salariés. L’indemnisation prévue pourra aller jusqu’à 10 000 € par mois.

Le gouvernement entend aussi accorder des crédits d’impôts aux bailleurs qui renonceront à au moins un mois de loyer. Ce crédit d’impôt pourra représenter jusqu’à 30 % du montant des loyers abandonnés.

A la fin de l’année, la dette publique française devait représenter près de 120 % du PIB. Au premier trimestre 2020, celle-ci était alors à peine supérieure à 100 % du PIB (101,2 %).

Quid de la demande et de la confiance ?

Comme en Mars, nous retournons inéluctablement dans une zone d’incertitude. A la fois pour les ménages mais aussi pour les entreprises. En cas de coup dur ou d’imprévu, les ménages ont tendance à épargner plus qu’à consommer. Comme en témoigne les niveaux de collectes records enregistrés sur les Livrets A. Que ce soit pendant le confinement ou quelques semaines après. Pour le gouvernement, il s’agit donc de trouver le bon équilibre entre ne pas trop creuser le déficit public tout en limitant la perte de confiance des ménages.

Pour tenter de ne pas briser l’investissement des entreprises, le gouvernement a aussi pris des mesures concernant le remboursement des prêts. Les entreprises en difficultés financières, dans l’incapacité de pouvoir rembourser en Mars 2021, pourront alors différer le remboursement d’une année supplémentaire des prêts garantis par l’Etat. 

Sur cet axe, l’état ne devrait pas réhausser le montant total des prêts garantis. Rappelons que durant la première vague de confinement, l’état avait annoncé garantir jusqu’à 300 milliards d’euros d’emprunts de sociétés qui répondaient à certains critères d’éligibilité. Au 16 Octobre, seuls 123 milliards d’euros de prêts avaient été accordés par l’intermédiaire des ces prêts garantis.

Le e-commerce : A nouveau vainqueur du confinement ?

Le e-commerce : A nouveau vainqueur du confinement ? 
L’économie du numérique devrait à nouveau mieux gérer cette seconde vague de reconfinement

Si vous souhaitez investir, il est possible que l’action Amazon puisse faire partie des actifs qui se démarquent pendant cette phase de reconfinement. D’autant plus lorsque l’on sait que d’autres pays européens comme le Portugal ou le Royaume-Uni prennent eux aussi à nouveau la voie du confinement.

A titre d’exemple, la firme américaine annonçait il y a quelques jours qu’elle allait embaucher plus de 100 000 saisonniers.  L’objectif est de répondre à la demande de plus en plus grande sur sa plateforme. A la fois en vue d’un reconfinement qui pourrait être plus global mais aussi pour répondre à la forte demande caractéristique de la période des fêtes de fin d’année.

D’autres secteurs comme ceux du numérique avec les sociétés Zoom ou Slack devraient s’en sortir à nouveau mieux que la plupart des autres secteurs. C’est aussi peut être le moment d’investir en bourse sur des géants du numérique comme l’entreprise Google. L’action Netflix pourrait aussi avoir le vent en poupe dans les prochaines semaines. A fortiori si le reconfinement se mondialise.

Quoi qu’il advienne et en dépit des mesures, le paysage économique français et mondial se trouvera encore plus modifié après cette seconde vague. Les faillites de certaines entreprises seront inéluctables.

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here